Frankenstein

Pourquoi si long?

Je suis allé voir Frankenstein avec une attente très particulière, presque méfiante. Pas à cause du mythe, que je connais par cœur, mais parce que ce genre de matériau attire souvent les relectures trop démonstratives, et du coup moins soucieuses de raconter quelque chose de nouveau. Et très vite, le film m’a donné une impression étrange, celle de véritables montagnes russes émotionnelles, parfois grisantes, parfois franchement épuisantes.

Alors… J’en ai vu des adaptations de grands classiques…

Frankenstein, pour moi, ce n’est pas vraiment une histoire de monstre. C’est une histoire de responsabilité, de lâcheté, de quelqu’un qui crée puis détourne le regard. Ce qui m’a toujours marqué dans ce mythe, c’est moins l’horreur que la faute morale, ce poids invisible qui écrase autant le créateur que la créature. Et c’est sans doute pour ça que je suis aussi exigeant avec les adaptations. J’attends qu’on me fasse ressentir cette culpabilité, cette solitude, cette violence intérieure. Ici, j’ai parfois eu l’impression que le film illustrait très bien ces thèmes sans jamais vraiment me les faire porter.

Mais…

Le début, je l’ai adoré.

Je l’ai trouvé dynamique, presque spectaculaire, porté par une énergie et un sens du mystère qui donnent vraiment envie d’avancer. On sent qu’il y a des choses enfouies, des zones d’ombre, des secrets à découvrir, et le film joue très bien avec cette attente. À ce moment-là, j’étais complètement embarqué, curieux, presque enthousiaste à l’idée de la direction que tout ça allait prendre.

Puis arrive ce premier immense flashback beaucoup trop long. J’ai eu le sentiment que le film appuyait sans cesse sur les mêmes idées, les mêmes émotions, là où quatre fois moins de durée aurait largement suffi. Cette séquence m’a sorti du rythme, cassé l’élan initial, comme si le film se regardait raconter son propre sérieux. C’est d’autant plus frustrant que, juste après, il enchaîne avec un autre flashback, bien plus beau celui-là, chargé d’émotion et d’un vrai souffle fantastique. Là, j’ai retrouvé ce que j’attendais du film. Une forme de poésie sombre, une mélancolie sincère, quelque chose qui touche sans avoir besoin d’expliquer.

Visuellement, c’est indéniable, le film est souvent magnifique. Les images restent en tête, la composition, la lumière, les décors respirent une maîtrise technique impressionnante. On est clairement sur de la très haute voltige, avec un vrai sens du cadre et de l’atmosphère. J’ai toutefois tiqué sur certains éléments d’animation 3D et quelques intégrations qui m’ont paru moins convaincantes, notamment l’attaque des loups, où l’illusion se fissure un peu. Rien de catastrophique, mais suffisamment visible pour sortir brièvement du film.

Là où l’expérience finit par me laisser sur le côté, c’est sur sa conclusion. J’ai trouvé la fin ultra téléphonée, presque mécanique, et surtout terriblement frustrante. Une fin que je ressens comme en queue de poisson, qui laisse tout s’enfoncer dans une sorte de flou existentiel, sans véritable impact émotionnel. J’ai eu l’impression que le film voulait conclure par un symbole plutôt que par un ressenti, et pour moi, ça ne fonctionne pas. Pas après un parcours aussi chaotique dans son rythme.

Au final, je ne dirais jamais que Frankenstein est un mauvais film. Il est ambitieux, souvent très beau, parfois même touchant. Mais il souffre énormément de longueurs, d’un découpage narratif bancal et d’un manque de pertinence dans son adaptation du mythe. J’en ressors avec le sentiment d’avoir vu une œuvre techniquement brillante, mais émotionnellement inégale, qui passe trop de temps à se regarder être importante. Et c’est dommage, parce qu’au milieu de ces excès, il y avait clairement un grand film possible, quelque chose de plus resserré, de plus viscéral, qui aurait vraiment pu me marquer durablement.

J’ose le dire mais j’attendais Guillermo Del Toro sur quelque chose de bien plus créatif. Ici, j’ai l’impression qu’il fait du surplace et capitalise sur quelque chose sur lequel il ne va miser que sur la technique.

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