Tombé sur Abigail en parcourant Shadowz, j’ai encore du mal à me remettre de la déception… Un film qui m’avait intrigué dès sa sortie et que j’avais gardé au chaud dans ma wishlist. L’occasion s’est enfin présentée de le découvrir et je me suis jeté dessus avec curiosité. Ce n’est pas le concept de départ qui m’a posé problème, au contraire, il avait tout pour m’attirer, mais bien d’autres choix de mise en scène et d’écriture qui, eux, m’ont vite fait décrocher. C’est peut-être l’un des problèmes majeurs du film… Il souffre du marketing, comme beaucoup de film à suspense qui ont subit un spoil trop important sur les bandes annonces. Le fameux twist arrive en plein milieu, réduisant à néant toute la tension installée dans la première partie. C’est dommage, parce que sur le papier, l’idée de suivre une bande de malfrats chargés de garder une enfant dans un manoir confiné avait quelque chose de prometteur. On se laissait volontiers prendre au piège d’un thriller claustro où l’on devinait que la petite n’était pas si innocente et le moment où les rôles s’inversent, le moment ou les gardiens devenant les proies, avait une vraie saveur de conte cruel. Donc je ne veux pas accuser le film et j’ai pu facilement me détacher de la chose, mais je veux bien entendre qu’il souffre de beaucoup de critique négative, sur ce simple point, ce qui est injuste. Sauf qu’après cette bascule, tout s’effondre. Les retournements suivants manquent d’inventivité, l’intégration du fantastique vire au simpliste, voire au « bébé », comme si les scénaristes avaient eu peur d’assumer une réelle noirceur. Les dernières minutes, en particulier, m’ont paru interminables, combats trop longs, justifications grotesques, personnages qui changent de camp d’une scène à l’autre, avec une cohérence plus que discutable. Ce qui devait être intense devient laborieux et l’affrontement final frôle le ridicule. Les geysers de sang et les corps qui explosent ont peut-être leur public, mais pour moi, ça évoquait davantage un humour potache de cour de récré qu’un vrai plaisir coupable. Choses que j’aurais pu apprécié, si ce n’était pas couplé avec tous ce ridicule dont est maculé le film… Et pourtant, il y avait de quoi réussir. Le casting, par exemple, s’en sort honorablement, Alisha Weir incarne une gamine vampirique manipulatrice qu’on adore détester, Melissa Barrera assure son rôle de final girl avec élégance et le reste du groupe, malgré leurs archétypes grossiers, tiennent leur partition. Aucune fulgurance à noter dans les jeux d’acteurs, mais au moins pas de fausse note! La mise en scène sait aussi surprendre, notamment dans la transition du huis clos tendu vers l’horreur plus frontale. Un virage audacieux et pas forcément raté. L’ambiance gothique du manoir, couplée à des passages chorégraphiés sur fond de Lac des Cygnes, montre que les réalisateurs avaient une vraie idée de spectacle. Esthétiquement il y avait quelque chose d’intéressant dans la mise en scène. J’ai pu être quand même déçu par plusieurs passages, notamment sur les affrontements très brouillons, mais il y avait de l’idée et je ne peux pas le lier. Mais ce qui m’a achevé, c’est que l’intrigue finit par se perdre dans un chaos qui frôle l’absurde. Tout s’emmêle, la pègre infiltrée, la chasse à l’homme, les trahisons internes, le père vampire millénaire, la fille qui se plaint de son manque d’amour paternel… On n’est pas loin de la caricature et à force de rajouter des couches, le film se décrédibilise tout seul. J’ai eu le sentiment qu’on aurait pu remplacer ces révélations par à peu près n’importe quoi, des zombies mutants de l’espace, secrètement directeur de centre aéré dans la Creuse et ça n’aurait pas changé grand-chose au résultat. Pour la simple est bonne raison que se marasme de justification manque cruellement de détails et d’émotions! En définitive, Abigail alterne entre de bonnes idées et des choix infantilisants. C’est un film qui séduit par son énergie, son esthétique et quelques acteurs impliqués, mais qui se saborde lui-même par des twists paresseux, une écriture brouillonne et un dernier acte qui confond gore généreux et storytelling bancal. Peut-être qu’en simplifiant ses enjeux, il aurait gagné en intensité. Là, il ne reste qu’une curiosité sanglante, distrayante par moments, mais beaucoup trop brouillonne pour convaincre.
Abigail
