Cartographier l’indicible
Après une première lecture, je me rappel être resté assez figé par l’atmosphère construite autour de le tentative de narration comme témoignage traumatisant. J’avais lu ça, il y a plus de 10 ans et j’ai eu l’envi de découvrir le livre audio il y a 4 ans de ça… Et j’ai pu y savourer de nouveau un impacte émotionnel assez efficace!
Alors j’ai eu l’envi d’y replongé pour la troisième fois dans une belle et grande édition, pour chercher à en apprécier encore plus ce cauchemar.
En bref, cette œuvre m’a longtemps hanté et j’ai toujours voulu y revenir pour y découvrir une nouvelle couche de cauchemar.
Mais attention, c’est pas fait pour tous le monde et j’irai même jusqu’à dire qu’il faut pouvoir se frotter à un trop plein de descriptions techniques, sur un ratio de trop peu d’événements forts… Ce qui fait que le récit traine…
Typiquement le genre de défaut qui peut me laisser un peu triste, mais d’un autre côté, c’est ce qui instaure aussi l’atmosphère si particulièrement propice à l’horreur cosmique de Lovecraft. Sans ces ralentissements, on ne pourrait pas créer le lieu propice à cette peur qui se cache plus dans notre imagination, que dans le réel.
Les Montagnes hallucinées c’est un livre qui ne m’a pas happé par la peur, mais par quelque chose de plus lent, de plus sourd. Une forme de fascination presque froide qui reste là, une fois le livre refermé.
Cette impression de lire moins un récit qu’un témoignage, comme si quelqu’un essayait désespérément de mettre des mots rationnels sur quelque chose qui ne l’est pas.
Cette distance émotionnelle, que certains reprochent au livre, a fini par me parler. Elle crée une forme de vertige intellectuel, une peur qui ne vient pas des monstres mais de ce qu’ils impliquent.
On avance comme les explorateurs eux-mêmes, avec curiosité, incrédulité, puis une inquiétude qui monte sans jamais exploser… On est sur du Jules Vernes qui voudrait nous faire explorer les méandres d’une peur, qui vient plus de nos incompréhensions de forces qui nous sont supérieures.
Alors oui, je peux lire que beaucoup vont resté mitigé devant, puisqu’au final, cette oeuvre va générer plus de curiosité intellectuelle que d’horreur qui tâche et d’émotion forte. Pourtant, quand l’horreur pointe le bout de son nez… Déguisé sous ces descriptions soudainement trop abstraites et techniques, c’est là où l’oeuvre prend son envole.
C’est via ce contraste que j’ai pu prendre peur et c’est typiquement ici qu’est le génie de l’auteur!
Je ne sais pas si c’est la meilleure oeuvre de Lovecraft, ni l’une de ces meilleures, en tous cas… Elle me donne terriblement envi de me plonger dans de nouveaux cauchemars.
