Alita: Battle Angel

Il y a des adaptations qui sentent la trahison, d’autres qui cherchent maladroitement à coller à l’œuvre d’origine sans jamais la comprendre, et puis il y a ce cas un peu particulier sur un bel entre deux! Un entre-deux pas si fréquent, un blockbuster imparfait, un peu trop calibré, mais qui reste profondément respectueux de son matériau de base, et surtout suffisamment intriguant pour donner envie d’ouvrir le manga dont il est tiré. Ce qui frappe d’abord, c’est la sincérité du projet. On sent que Rodriguez et Cameron ne sont pas venus juste cocher une case “adaptation de manga culte”. Il y a un vrai soin dans l’univers, dans le monde dystopique de ferraille, de poussière et de haute technologie déglinguée. Zalem en toile de fond, Iron City grouillante de petites histoires sales et de perdants magnifiques, le tout baigne dans une DA convaincante, parfois un peu trop lisse ou saturée, mais globalement plutôt fidèle à l’esprit du Gunnm original . Et puis il y a Alita. Rosa Salazar l’incarne à merveille, malgré les yeux CGI qui peuvent en rebuter certains. Elle donne à cette guerrière amnésique une fragilité touchante, une curiosité enfantine qui contraste avec sa puissance démesurée. C’est là que le film fonctionne vraiment, quand il laisse s’exprimer cette ambivalence. Une gamine perdue dans un monde d’adultes pourris, mais qui découvre peu à peu qu’elle est faite pour se battre, pour mordre, pour vaincre. Le film est très généreux visuellement. Les scènes d’action sont lisibles, percutantes, bien montées. Le Motorball, en particulier, est une réussite, une sorte de Mario Kart sous stéroïdes version cyberpunk, qui pourrait à lui seul justifier un visionnage. L’univers, dans son ensemble, est assez bien posé. Ce n’est pas toujours subtil, on nous envoie parfois un peu trop d’infos ou de noms sans respiration, mais c’est solide, immersif, et on ne décroche pas facilement. Mais ce qui l’empêche vraiment de franchir un cap, c’est sa volonté de trop vouloir plaire à tout le monde. Le film reste coincé dans un moule hollywoodien… romance peu inspirée, méchant en carton (Mahershala Ali, pourtant immense acteur, est complètement sous-exploité), et une narration qui ne prend jamais le temps de descendre plus en profondeur. Tout va vite, trop vite parfois, comme si on avait peur que le spectateur s’ennuie. Du coup les moments les plus émotionnels sont un peu désamorcés, les enjeux vite balayés, et le sous-texte philosophique du manga passe à la trappe. C’est aussi un film qui donne l’impression d’être un prologue. (un peu comme le manga) Tout est là pour préparer la suite, mais il n’y en aura peut-être jamais. Et c’est là son plus grand paradoxe, Alita donne envie d’en voir plus… mais pas forcément d’un deuxième film. Il donne envie de remonter à la source, de plonger dans les pages de Gunnm, où tout est plus noir, plus tranchant, plus intelligent. En ce sens, c’est une adaptation utile. Une porte d’entrée honnête, spectaculaire et engageante vers une œuvre plus dense. Certes ce n’est pas le grand film qu’il aurait pu être, mais il ne trahit pas l’œuvre dont il s’inspire. C’est un long-métrage qui fait les bons choix sans toujours oser aller au bout. Un blockbuster SF qui trouve son intérêt surtout dans ce qu’il promet, pas dans ce qu’il raconte. Une sorte de démo grand luxe, réussie mais un peu timide, qui m’a surtout donné une seule envie, relire Yukito Kishiro.

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