Je n’ai pas été conquis, du moins pas totalement. Pourtant, Le Problème à trois corps dans sa version Netflix a réussi un drôle de tour de force… Me donner envie de plonger dans les romans. De les découvrir vraiment. De les vivre à travers l’imaginaire brut de la lecture, plutôt que d’attendre patiemment la saison 2 de l’adaptation. Parce qu’il y a quelque chose dans ce projet, malgré toutes ses limites, qui m’a accroché. Ce n’est pas un coup de cœur, ce n’est pas une grande série, mais c’est une œuvre qui fait naître un certain vertige. Un vertige léger, guidé, encadré, mais assez stimulant pour que l’idée d’un univers immense et impitoyable me reste dans un coin de la tête. Je reconnais à la série une vraie qualité d’adaptation. Elle tente de rendre abordable un roman que beaucoup jugent difficile d’accès, et le fait sans trop infantiliser son propos. Le rythme est bon, les concepts sont expliqués avec clarté, et l’ensemble a le mérite de poser les bases d’un monde aussi ambitieux qu’étrange. Par moments, j’ai senti cette tension propre aux grands récits de science-fiction, cette sensation que quelque chose de trop vaste pour l’humain est en train de se jouer, lentement, silencieusement. Certains personnages fonctionnent, comme Benedict Wong en Da Shi, par exemple, qui impose une vraie présence et certains passages (notamment ceux dans le jeu virtuel) réussissent à créer une atmosphère troublante. Mais au fond, ce n’est jamais tout à fait suffisant. Il manque un supplément d’âme, un regard, une radicalité esthétique qui ferait passer la série de « bonne surprise » à « œuvre marquante ». Car elle trône parmi les vites consommés du catalogue Netflix est pour de très bonnes raisons… Le problème principal, c’est l’émotion. Je n’ai jamais vraiment réussi à m’attacher aux personnages. Ils sont nombreux, souvent interchangeables, et leur trajectoire m’a rarement ému. On sent que la priorité a été donnée aux idées, ce qui n’est pas un mal en soi, mais à force de survoler les émotions, de lisser les aspérités, la série devient un peu fade dans ses moments de calme. Elle m’a donné l’impression d’être toujours en train de poser la prochaine pièce du puzzle, jamais d’habiter vraiment le moment présent. Et puis il y a ce sentiment diffus de produit international. Le soin est là, le budget aussi, mais tout est tellement propre, tellement calibré, que ça gomme un peu ce qui semble faire le sel de l’œuvre originale, connu pour sa radicalité, sa culture, sa distance. On sent l’effort pour occidentaliser l’ensemble sans le trahir, mais ça donne un résultat un peu tiède. Ni vraiment chinois, ni tout à fait global et parfois trop woke? En tous cas, toujours entre deux eaux. Malgré ça, j’ai envie d’en savoir plus. Pas en attendant la saison suivante, non. Mais en ouvrant le livre. En allant chercher cette prose dense, ces réflexions scientifiques vertigineuses, ces idées qui vont plus loin, plus profond, plus dérangeant. La série a, quelque part, raté son pari de me captiver durablement en tant qu’objet de fiction télé. Mais elle a gagné quelque chose de plus rare, en éveillant ma curiosité intellectuelle. Me donner envie de remonter à la source. Pour ça, je ne peux pas lui en vouloir. Car c’est peut-être le plus bel hommage qu’on pouvait faire à l’œuvre originale?
Le Problème à trois corps
