La Cabane dans les bois

J’ai voulu écrire des petites recommandations d’halloween et j’ai longuement à hésiter de parler de La Cabane dans les bois. Lorsqu’il est sorti en 2012, le public n’était pas encore prêt pour un tel détournement des codes de l’horreur, et de nombreuses critiques l’ont perçu comme une simple farce ou une parodie maladroite. Je ne vais pas parlé de traumatisme, mais quand j’étais sortie de la salle de cinéma à l’époque, j’avais l’impression d’être un extra terrestre. Pourtant, derrière cette façade volontairement exagérée, le film de Drew Goddard est un hommage brillant, débordant d’idées et d’intelligence, au genre même qu’il semble, au premier abord, vouloir tourner en dérision. Avec le recul, le film s’avère bien plus qu’une relecture ou une satire. C’est un véritable contre-pied à tout ce que l’on connaît du cinéma d’horreur et, dans le même souffle, une lettre d’amour aux classiques du genre. La beauté du film réside dans sa manière de jouer sur les attentes. Le public croit se retrouver face à une histoire d’horreur classique : des amis, une cabane isolée et une menace obscure. Mais, très vite, les clichés se révèlent être autant de rouages orchestrés par une force cachée, une sorte de système d’exploitation pour générer l’effroi. Cette « manipulation », exposée avec humour noir et ironie, devient un miroir où le spectateur se retrouve confronté à son propre rôle de voyeur. La Cabane dans les bois nous rappelle, sans cesse, que les tropes de l’horreur ne sont pas là par hasard. Ils sont utilisés, dirigés, recyclés, et finalement offerts au spectateur pour son propre plaisir ou, comme dans ce cas, pour quelque chose de bien plus grand dont je préfère laisser la surprise. À l’époque de sa sortie, cette approche inhabituelle a désarçonné, voire déçu ceux qui cherchaient un film d’horreur pur et dur. Mais aujourd’hui, justice a été faite, et La Cabane dans les bois est reconnu comme une perle caché du cinéma. Il ne s’agit pas d’un film d’horreur à proprement parler, mais plutôt d’une réflexion sur les mécanismes de l’horreur, une dissection minutieuse des peurs codifiées que les films d’épouvante déploient depuis des décennies. Le final explosif, où l’on assiste à un déchaînement d’archétypes du cinéma d’horreur, réunit tout ce que l’on pourrait imaginer : zombies, fantômes, et même des créatures d’inspiration lovecraftienne, en une scène de chaos total. Cette séquence montre bien plus qu’un simple goût pour le spectacle ; elle représente l’apothéose d’un hommage méta au genre. La rupture de ton peut déplaire, tous comme le côté méta, pour les non amateurs… Mais ce qui peu surtout déplaire c’est le côté archétypal des personnages. Car même si on peut être un peu tolérant en temps normal, c’est difficile d’avaler que les personnages ne finissent pas par nous étonner et nous prendre à contre pied comme le concept. J’ai l’impression de me retrouver face à une partie de jeu de rôle très bien scénarisé et très bien rythmé, mais avec des personnages vides. Certainement l’un des plus gros point noir du film. La Cabane dans les bois se démarque ainsi par un concept unique et profond. Ce n’est pas une relecture arrogante des classiques, mais une sorte de tableau, où chaque cliché est réintégré et réapproprié pour rappeler aux spectateurs les raisons pour lesquelles ils aiment frissonner. C’est le film idéal pour les amateurs d’horreur qui souhaitent être surpris et qui apprécient de voir leurs attentes déjouées.

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