La Maison des feuilles

Dur à décortiquer et donc à critiquer. C’est une œuvre artistique qui dépasse la simple littérature de par ça forme et par les histoires qu’il fait se chevaucher. Il y a 4 strates d’histoires qui s’imbriquent : La famille Navidson qui achète une maison particulière. Une porte y apparaît et elle semble mener à une infinité de couloirs labyrinthiques, bourrés d’anomalies spatiales. Le père va alors entreprendre l’enregistrement d’un film et d’une exploration très avancée. Zampano, un vieil homme mystérieux, qui semble avoir vu cet enregistrement et qui compte bien l’étudier et nous noyer sous un florilège d’explications très techniques. Johnny, un jeune camé, très peu fiable, qui a retrouvé les notes de Zampano et qui compte bien les publier. L’éditeur de Johnny, qui semble prendre à cœur de documenter au maximum les trois strates précédentes. Je suis tiraillé par deux sentiments, comme l’évoque le titre de ma critique. C’est une sacrée aventure et je sais que cet objet va me hanter encore longtemps. Mais le scénario suffit-il ? La lecture est laborieuse, car les 4 styles d’écritures présentés sont difficilement digestes. Tantôt trop académiques, puis trop diffus avec des errances cataclysmiques… On a souvent l’impression que l’auteur se moque de nous et tente de nous perdre le plus possible. Puis, arrivé au bout, j’ai l’impression qu’on reste sur le grand mystère typique : « Mais qu’est-ce qui est vrai ? Qu’est-ce qui est faux ? » Impliquer autant le lecteur pour si peu, c’est quand même cruel. J’en arrive même à me poser la question de ce qu’est un bon livre… C’est certainement un amas de bons points scénaristiques et stylistiques, avec des variations et des ajouts en fonction des sensibilités et envies de chacun. Ici, le livre lutte contre nous. On ne peut pas le parcourir de façon agréable et j’ai eu la mauvaise idée de croire que j’allais pouvoir en faire un livre de chevet. Idiot que je suis… C’est un livre à étudier, il faut se poser devant et savoir tantôt lâcher prise, tantôt se concentrer. « C’est un peu le Dark Souls de la littérature. » (une blague journalistique qui s’adapte très bien ici et au premier degré) Les passages d’explorations, qui sont fascinants, s’entrecoupent sans arrêt avec une plongée dans de la suranalyse et autres frasques qu’on a peur de qualifier d’inutiles (car elles pourraient apporter des informations importantes pour agrémenter les théories). Alors pourquoi je n’ai pas abandonné ? Il n’y a pas de mal à ça, franchement, il y a des tonnes d’œuvres culturelles que j’ai laissées sur le carreau, alors une de plus… Non seulement je voulais vaincre. Je voulais voir ce qu’il y avait au bout des ténèbres et du vide de cette maison. C’est devenu une obsession. Obsession, c’est le mot, c’est d’ailleurs le thème central du livre à mon avis. Tous les personnages nous le prouvent : Navidson, obsédé par l’exploration de sa maison. Zampano, obsédé par son étude académique. Johnny, obsédé par les notes du vieillard. L’éditeur, obsédé à corriger du mieux qu’il peut les errances de Johnny… Finalement, ils se faisaient tous écho sur une chose. L’obsession, c’est néfaste, car c’est un gouvernail qui nous accapare complètement, mais ça a aussi de beaux côtés. C’est courageux, admirable et peut éveiller un potentiel caché. Je retire donc du bon de cette expérience, même si je ne peux pas conseiller la lecture de ce livre. On va d’ailleurs finir par parler de la toute première phrase du livre, qui pourrait avoir mille et une interprétations. CECI N’EST PAS POUR VOUS. Je l’ai prise comme un défi amusant et la lecture est tellement complexe que l’écho de cette phrase renforce l’envie d’aller plus loin. Je m’y attendais et j’ai été servi. Ce livre est rempli de détails et on pourrait le décortiquer très longtemps. J’ai pu me perdre dans les théories des internautes : J’ai pu constater que j’ai certainement un QI inférieur à la moyenne. Jusqu’ici, rien de surprenant. Puis, j’ai eu l’impression qu’on n’avait pas tous lu la même histoire. Tout le monde s’est attardé sur quelques millions de petits détails à tel point que ça m’a créé un véritable vertige ! Bien entendu, j’avais déjà ma théorie bien en poche et je n’en suis pas peu fier. Mais j’avais carrément oublié un détail essentiel qu’on nous dévoile dès les premières pages : Le vieux Zampano, au centre de ces strates d’histoires, nous parle d’une vidéo introuvable et il développe toute une thèse ultra documentée, tout en étant aveugle depuis plus de 40 ans. Je vous laisse reprendre vos esprits après ce choc, je n’en suis toujours pas revenu. Au moins pour l’expérience que procure ce livre, il mérite qu’on s’y penche, mais soyez préparé. C’est une œuvre que je recommanderai aux curieux/curieuses, aux personnes qui veulent explorer et qui sont d’accord avec l’idée de faire un effort supplémentaire qu’une simple lecture. Mon seul regret, ce n’est pas de ne pas avoir été préparé… Non, j’aurais voulu prendre des notes en même temps, histoire de garder plusieurs détails et peaufiner ma théorie. La maison des feuilles aura une place particulière dans ma bibliothèque et je suis persuadé que toutes les personnes qui en sortent ne pourront pas le regarder avec indifférence.

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