Dorohedoro

Un manga qui ne ressemble à aucune autre, une véritable perle dans l’univers de la bande dessiné.

Ce qui marque dès le départ, c’est la nature chorale de l’histoire, un choix narratif rare dans ce domaine. Contrairement à la majorité des mangas, où l’on suit généralement un personnage central avec quelques fenêtres vers l’extérieur, Dorohedoro déploie un récit où chaque personnage, chaque quête, a son importance, sans pour autant qu’il y ait un véritable antagoniste. Les différentes quêtes se croisent, s’opposent, se complètent, ce qui donne au récit une impression d’organicité fascinante.

L’originalité de la narration réside dans la manière dont chaque personnage poursuit ses propres objectifs, souvent opposés, sans qu’il y ait de véritable « méchant ». Cette absence d’un antagoniste classique crée un récit vivant, où les motivations de chacun se confrontent de manière naturelle et crédible.

Ce choix rend l’intrigue fluide, et on a l’impression de suivre une histoire qui se construit au fil des pages, en fonction des actions des personnages, plutôt que selon une trame prédéfinie.

Visuellement, Dorohedoro est un ovni. Le dessin de Kyu Hayashida est souvent qualifié de « brouillon », et il est vrai que certaines pages peuvent paraître désordonnées, avec des tâches et des traits qui semblent n’avoir aucune raison d’être…

Mais ce choix esthétique participe à l’ambiance poisseuse et décalée de l’univers. Le lecteur se retrouve plongé dans un monde où tout semble hors de contrôle, renforçant l’atmosphère oppressante et chaotique de la ville-poubelle dans laquelle évoluent les personnages.

Cependant, tout n’est pas parfait. Bien que le style graphique contribue à l’immersion, il y a des moments où le « brouillon » devient réellement brouillon, et où certaines pages peuvent paraître moins maîtrisées. Cela ajoute au côté crasseux de l’univers, mais cela peut aussi dérouter certains lecteurs. Le chara design, en particulier, avec certains choix de costumes, peut sembler parfois un peu enfantin, détonant par rapport à la noirceur de l’univers. Cette dualité entre la qualité du dessin et ses imperfections donne à l’œuvre une esthétique unique, mais parfois déséquilibrée.

Malgré ces défauts, Dorohedoro reste un manga d’une originalité rare. Kyu Hayashida parvient à mêler des éléments grotesques et tragiques, violents et humoristiques, avec une fluidité déconcertante.

Je viens d’écrire une critique sur la série tiré du jeu vidéo Fallout et j’ai directement penser que seul ce manga a pu retransmettre cette pluralité maitrisé.

L’univers qu’elle crée est riche, peuplé de créatures bizarres et de mages aux pouvoirs aussi terrifiants qu’étranges. Les thèmes de l’identité, de la mémoire et de la vengeance sont explorés sous des angles inattendus, offrant une profondeur surprenante à un récit qui pourrait, à première vue, sembler chaotique.

En fin de compte, Dorohedoro est un manga qui joue avec les conventions et les codes du genre. Si son style graphique peut diviser, il contribue indéniablement à l’atmosphère viscérale et immersive de l’œuvre.

Pour ceux qui cherchent une lecture différente, qui sort des sentiers battus, Dorohedoro est une expérience incontournable. Malgré ses imperfections, le manga captive par son audace et sa créativité, et c’est ce qui en fait une pièce maîtresse de la bande dessiné.

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