Dragons

Je suis toujours un peu sceptique à l’annonce de remakes live-action, surtout quand l’original tient une place aussi forte dans l’inconscient collectif que Dragons de 2010. Cette version 2025 ne fait que confirmer mes craintes. Pourtant, je n’irais pas jusqu’à dire que le film est mauvais. Il est même plutôt bien fichu dans certains domaines. Mais c’est précisément ça le problème, c’est un film appliqué, sage, souvent joli… mais sans véritable raison d’être. Visuellement, on sent qu’il y a eu un gros travail. Certaines scènes de vol sont vraiment impressionnantes, et les dragons ont ce petit truc qui fonctionne, notamment Krokmou, qui a gardé cette expressivité animale entre le chat, la panthère et la chouette. Le monde de Berk est crédible, avec des décors naturels bien choisis et une esthétique nordique bien maîtrisée. Il y a des moments où j’ai retrouvé cette sensation de grande aventure, presque organique, qui m’avait marqué à l’époque. Mason Thames en Harold est plutôt juste. Il ne surjoue pas, il évite le côté ado rebelle caricatural, et propose un personnage plus introverti, presque fragile, ce qui apporte une lecture un peu différente. Butler, en Stoïk, fait le job avec la solidité qu’on lui connaît. Et Astrid… gagne en présence. On sent une tentative de modernisation du personnage, de lui donner un peu plus de contrôle sur ses choix. C’est louable, même si parfois un peu téléphoné dans les dialogues. Bref, tous ce bon monde est totalement à ça place, bien dirigé, tous est séduisant! Mais très vite, ce que j’ai ressenti, c’est l’impression de revoir exactement le même film, sans le supplément d’âme. La magie, l’inventivité visuelle, les moments suspendus… tout ça est lissé. Le choix du réalisme (avec son lot de textures rugueuses, de tons désaturés, et de dialogues naturalistes) vient écraser la fantaisie qui faisait battre le cœur du film original. Et ça se ressent sur l’émotion. Les scènes clés sont là, les mêmes plans, les mêmes ruptures, les mêmes dialogues parfois… mais elles ne m’ont pas touché de la même manière. Comme si on avait remplacé l’émotion par une reconstitution. C’est d’autant plus étrange que le film aurait pu choisir un autre angle. Il aurait pu explorer ce monde avec un regard neuf, prolonger l’univers, oser un pas de côté. Mais non. Il reste cloué à son rôle d’élève modèle, de « live-action fidèle », quitte à ressembler à un exercice de storyboard grandeur nature, plus qu’à un vrai film de cinéma. Ce choix de ne pas dévier d’un iota du film de 2010 m’a souvent sorti de l’expérience. À quoi bon tout refaire si c’est juste pour imiter? Autre point gênant… Le casting autour de Harold. Il y a une volonté évidente de diversité, mais elle reste purement cosmétique. Les personnages secondaires sont là, mais souvent creux, peu bavards, ou réduits à des rôles types. Quant au montage sonore, il manque cruellement de respiration. Il y a beaucoup de bruit, beaucoup d’effets, mais pas assez de silences pour que les émotions prennent corps. Là où l’original savait ménager des pauses, des regards, des respirations musicales, ici tout semble compressé. J’avoue ne pas avoir été subjugué par le film d’animation de l’époque et cette nouvelle mouture est revenu avec ces même défauts! Je ne peux pas dire que je n’ai rien ressenti. Il y a des plans qui marchent, des moments de grâce visuelle. Mais le tout laisse un goût étrange, un beau travail de surface, vidé de sa substance. Ce n’est pas le talent de Mason Thames ni l’engagement de Butler qui pourront masquer cette absence d’élan, ce manque de nécessité. En sortant de la salle, j’ai surtout eu envie de me replonger dans la version de 2010, car celui de 2025 me l’a simplement rappelé. Moi qui avait adoré le remake du livre de la jungle (2016) en 3D, je commence à me poser des questions sur cette nouvelle pratique filmique, peut être importer de cette mode des remakes dans le jeu vidéo… On va lisser et essayer d’étonner par la technique, rien de plus. N’ayant donc pas été retourné par le film d’animation, j’osais espérer l’être de cette nouvelle mouture… Dommage, c’est quand même jolie pour les enfants et sans pourtant autant pouvoir être mis au rang d’une relecture.

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