Évanouis

Conquis puis perdu

Typiquement le genre de film qui m’a donné l’impression de me conquérir très vite, avant de me lâcher progressivement en route, jusqu’à une fin qui m’a laissé avec cette sensation un peu terrible du “tout ça pour ça”. Je suis assez permissif en film d’horreur, alors je me concentre plutôt sur le positif, mais j’avoue qu’il y avait tellement de matière pour ne pas finir de cette manière que ça m’a quand même laissé sur une petite frustration finale.

Pourtant, le début est vraiment excellent.

Le film démarre crescendo, avec une manière assez habile de poser son ambiance, ses personnages, ses tensions et cette espèce de malaise diffus qui donne immédiatement envie de comprendre où tout ça va nous emmener. On découvre une enseignante moralement complexe, prise dans des histoires d’amourette qui viennent se mêler à quelque chose de beaucoup plus inquiétant, puisqu’elle finit par être traitée comme une sorcière.

Il y a là une vraie promesse. Un mélange entre le drame intime, la paranoïa collective et l’horreur plus frontale qui fonctionne très bien au départ.

J’ai beaucoup aimé cette ambiance. Les passages horrifiques, dans un premier temps, fonctionnent vraiment. Il y a une tension, une étrangeté, un côté presque poisseux qui m’a accroché. Puis surtout il y a cette scène avec la voiture, qui m’a vraiment surpris, parce qu’elle prend à contre-pied les scènes horrifiques longues et classiques.

Ça va ailleurs, ça casse une attente, ça réveille le film au bon moment.

À ce stade, j’étais scotché à mon siège.

Et le film relance encore l’intérêt en nous faisant suivre le leader des sceptiques, ceux qui veulent en quelque sorte crucifier cette enseignante. Là encore, j’étais très curieux. Je voulais voir sa manière de penser, sa manière de regarder le monde. Ce personnage, dévasté par la perte de son enfant, menant son enquête seul, porté par une haine incontrôlable, m’a tout de suite intéressé. Il y avait quelque chose de très fort dans cette idée d’un homme qui n’est pas simplement “méchant”, mais qui avance dans une douleur tellement immense qu’elle finit par devenir une boussole cassée.

Très honnêtement, j’ai été conquis par les deux personnages très vite. Même s’il manque quand même encore un peu d’encrage pour qu’on puisse les apprécier un peu plus.

C’est aussi à ce moment-là que le film a commencé à me perdre un peu.

Pas totalement, mais suffisamment pour que je commence à voir les coutures. Les petites apparitions, les illusions, les jumpscares un peu bébêtes reviennent trop souvent. Je ne suis pas quelqu’un qui sursaute facilement, et je n’ai pas sursauté devant le film, mais ce n’est même pas vraiment le problème. Le problème, c’est que j’ai trouvé ça facile. Presque médiocre par moments. Envoyer une petite apparition ou un effet de surprise toutes les cinq minutes, ça finit par devenir mécanique, et surtout je ne suis pas certain que ça serve vraiment le propos. Ça donne parfois l’impression que le film ne fait pas complètement confiance à son ambiance, alors que c’est justement son ambiance qui était la plus forte.

Heureusement, le film arrive régulièrement à raccrocher les wagons. Quand les deux personnages qu’on suit finissent par se rencontrer, on sent qu’on arrive enfin à une confrontation importante, quelque chose qui pourrait cristalliser tout ce qui a été posé avant. Et immédiatement, ils sont dérangés par un nouvel élément fantastique, graphiquement très intéressant. Visuellement, il y a de vraies idées. Le film coupe alors pour nous ramener vers un autre personnage. Ce procédé a commencé à m’ennuyer un peu, parce qu’on a parfois l’impression que le film retarde sans cesse le moment où il doit vraiment assumer ce qu’il raconte. Mais en même temps, je dois bien reconnaître que ça maintient la tension et le mystère.

Même quand je commençais à tiquer, j’avais encore envie de voir la suite.

Puis, une fois que tous les personnages sont passés, le film révèle enfin ce qui se cache sous l’aspect fantastique. On arrive à peu près à la moitié du film, et là, les deux premiers personnages se retrouvent à s’allier. À ce moment-là, j’étais encore convaincu. Je voulais savoir comment cette histoire allait se terminer. Je voulais voir comment ces trajectoires allaient se rejoindre, comment le fantastique allait être justifié, comment la haine, la peur, la culpabilité et les croyances allaient se répondre.

Et c’est là que la déception devient vraiment plus nette.

La fin m’a paru beaucoup trop simple. Beaucoup trop facile. Oui, d’accord, le méchant semble s’être préparé. Oui, avec ses pouvoirs, il arrive à garder un certain contrôle sur la situation. Mais malgré ça, cette conclusion tire énormément vers le ridicule. Elle arrive trop vite, trop brutalement, avec une impression d’expédition qui casse tout ce que le film avait patiemment construit. J’ai eu l’impression que toute la montée en puissance servait à atteindre la moitié du film, puis que soudainement il n’y avait presque plus rien qui m’attirait vraiment. Ni dans la mise en scène, ni dans le scénario, ni dans les révélations.

Le rythme, qui était jusque-là plutôt soigné, ralentit d’un coup de manière assez violente, comme s’il était divisé par quatre, pour finalement déboucher sur une fin ultra expéditive. C’est assez étrange à vivre. On passe d’un film mystérieux, tendu, habité par des personnages intéressants, à quelque chose qui semble soudainement manquer d’ampleur et de tenue. Ça m’a même un peu choqué, parce que je me suis vraiment dit que c’était dommage d’avoir fait tout ça pour ça.

Évanouis m’a donc laissé une impression très partagée. Je ne peux pas nier la force de son début, son ambiance, ses personnages, certaines idées visuelles et cette manière assez efficace de faire monter le mystère. Pendant une bonne partie du film, j’étais dedans. J’avais envie d’y croire. Mais les jumpscares trop faciles ont commencé à fissurer mon intérêt, puis la seconde moitié et surtout la fin ont fini par l’enterrer. Il reste un film avec de vraies qualités, mais aussi avec une frustration immense, celle d’une œuvre qui semblait avoir tout ce qu’il fallait pour me tenir jusqu’au bout, avant de choisir le chemin le plus simple au moment où j’attendais justement qu’elle me surprenne vraiment.

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