Je suis tombé sur ce film par un pur hasard, en scrollant sur Shadowz. Ce film de 2018 m’était complètement passé sous les radars et c’est justement ce que j’aime avec ce genre de plateformes. Découvrir une œuvre dont je n’attendais rien et me laisser surprendre. Le pitch ne m’évoquait pas grand-chose, mais il y avait cette promesse de mystère et de fantastique intimiste qui m’a intrigué. Je me suis lancé sans grandes attentes et j’ai finalement trouvé une expérience à la fois bancale et attachante, pleine de bonnes idées et bourré de qualités mais pas sans défauts. Le mystère qui persiste sur les trente premières minutes est vraiment excellent ! Je pense que pour n’importe quel spectateur, on est mis face à une curiosité qui nous prend à la gorge. La petite fille est séquestrée, mais en même temps le monde extérieur intrigue, inquiète, interpelle. Comme si cette quête de liberté nous torturait sans arrêt, pour nous mettre en insécurité, peu importe le lieu. Pour le coup, je dois bien avouer que le film m’a accroché. D’ailleurs, le côté fantastique arrive à s’insinuer petit à petit, avec beaucoup de subtilité, je tire mon chapeau à l’écriture. Cependant, quelques révélations désamorcent bien l’ambiance, puisqu’elles deviennent trop rapidement prévisibles. Cela rend un peu caduc le choix de vouloir entretenir si longtemps ce mystère. Lorsque les pouvoirs des personnages sont enfin exposés, tout devient trop lisible. Ces révélations, bien que spectaculaires, manquent d’originalité et ne procurent pas la surprise espérée. Du moins par moment… Je dois tout de même avouer que j’ai été touché par cette jeune héroïne, obsédée par la recherche de sa mère malgré un environnement rempli de mystères potentiellement dangereux. L’interprétation de Lexy Kolker m’a marqué, certes, parfois trop vide ou maladroite, mais avec des fulgurances remarquables dans les scènes les plus importantes. C’est elle qui porte le film, et c’est probablement ce qui le rend aussi attachant. Autour d’elle, le casting restreint fonctionne bien. Emile Hirsch incarne un père à la fois paranoïaque, protecteur et inquiétant, et c’est cette ambiguïté qui nourrit le malaise. Bruce Dern, en vieil homme intrigant, apporte un contrepoint tout en mystère et renforce l’impression que le danger vient de partout. Même avec peu de personnages, le film arrive à créer une vraie dynamique familiale, dysfonctionnelle mais crédible. Le récit, raconté du point de vue de l’enfant, mêle hallucinations, flashs et réalités incertaines. Un choix intéressant mais qui finit par désorienter plutôt que de fasciner. Petit à petit, l’effet immersif s’estompe et l’on décroche un peu. Alors avec le recul, je comprends mieux les critiques négatives que j’avais vues passer. Il faut tout de même souligner l’ingéniosité du film. Avec un budget modeste, il parvient à suggérer un monde plus vaste que ce que l’on voit à l’écran. La mise en scène utilise des fragments, des aperçus du dehors et cela suffit à nous faire ressentir une menace bien plus grande. Les effets spéciaux, même rares, sont dosés avec intelligence et évitent l’écueil du ridicule. Et derrière l’histoire de science-fiction, la portée symbolique est claire. Les « Freaks » évoquent tous les persécutées, rejetées, isolées. La maison close devient une métaphore de l’exclusion sociale et l’obsession de Chloé pour retrouver sa mère traduit le besoin universel de lien et d’appartenance. Cela dit, le rythme reste inégal. Le film démarre fort, installe un mystère prenant, mais quand les révélations tombent, la tension retombe. Les passages plus orientés vers l’action révèlent aussi les limites du budget, et tranchent trop brutalement avec le ton intimiste du début. La structure tangue entre intensité et confusion et finit par donner une impression de déséquilibre. Pourtant, ce potage est plus que généreux. On y trouve une famille dysfonctionnelle au cœur d’un récit fantastique, un petit budget mais des effets visuels et des décors étonnamment efficaces et surtout des métaphores puissantes. L’histoire explore la différence, la persécution et l’isolement, des thèmes universels qui font forcément écho. Oui, il y a quelques trous dans la raquette, un scénario parfois brouillon et une structure fragile. Mais l’ensemble tient grâce à son audace et son mélange de genres, entre drame familial, thriller psychologique et science-fiction. En fin de compte, Freaks est une œuvre bancale mais attachante. Il manque de précision dans son écriture, certains rebondissements sont trop visibles, mais l’énergie, l’émotion et le regard porté à travers les yeux de l’enfant lui donnent une identité singulière.
Freaks
