Difficile de passer après le chef-d’œuvre incontesté qu’a été le premier Joker. Les avis enflamment la toile, et pour introduire ma réflexion, je vais répondre à quelques questions en vrac. – Le premier étant un chef-d’œuvre incontesté, méritait-il une suite ? Non, le premier se suffisait à lui-même. Mais cette suite a su apporter quelques nouveaux éléments à la psyché fascinante du personnage. – Joker : Folie à deux est-il bien réalisé ? Mon dieu, oui. Visuellement, le film est sublime. La mise en scène regorge de symboliques subtiles et puissantes, utilisant brillamment les codes pour immerger le spectateur. – Joker : Folie à deux est-il un bon film ? Mon dieu, NON. Et parlons sans plus attendre de l’éléphant dans la pièce : ce film est en partie une comédie musicale. Oui, une comédie musicale. J’adore ce genre à la base, mais quand on va voir un film introspectif et psychologique sur un tueur dangereux qui inspire les foules, on ne s’attend pas à voir des numéros musicaux. Qui plus est quand le premier film n’a rien d’une comédie musicale… Ici, c’est plus que déroutant, c’est une prise de risque très malvenu! La première heure du film, ça peut surprendre mais sans plus. Ces musiques omni présentes peuvent symboliser la folie et le fameux monde imaginaire du joker, qui semble déferler sur son monde… Rien de surprenant. Puis on se rend compte que chaque moment cruciaux se finissent par de la comédie musicale, sur des vieilles musiques de plus de 50 ans. Je me range du côté des critiques, ça arrive souvent comme un cheveu sur la soupe, en fin de discussion. Il y a des moments forts et ça annule l’émotion de certaines scènes. ET SURTOUT ça brise le rythme, ce qui est un comble pour une comédie musicale, vous en conviendrez. La partie comédie musicale, qui arrive à mettre tous internet en colère, nous ramène quelques chose d’autre. Le personnage incarné par Lady Gaga… Au début j’étais séduit. Le Joker avait trouvé l’envi de renaitre au travers de son meilleur apôtre, Lady Gaga qui incarne un personnage fascinant mais problématique. Au départ, elle incarne parfaitement une sorte d’apôtre du Joker, un être quasi-fantastique obsédé par cette figure messianique. J’ai adoré ses premiers instants à l’écran. Mais le film reste trop flou sur son passé. Pourquoi ne pas l’avoir dotée d’une origin story plus développée ? Elle reste un mystère, mais cela crée aussi un vide au cœur de l’intrigue. J’ai envi d’apporter de l’apaisement et un jugement moins dur sur ce film, qui a su me toucher… Mais je comprends totalement les 0/20 qu’il peut se prendre. On pourrait simplifier la chose par: L’appât du gain a créer un second film, qui n’avait tellement rien à raconter, qu’ils ont donné un gros billet à Lady Gaga, pour combler le vide avec quelques chansons. Cependant, je n’ai pas envi d’autant simplifier la chose et j’aimerai vous parler de la première heure qui a été hypnotique et enivrante à mes yeux. Je suis allé voir se film à reculons, sachant qu’on allait certainement avoir un truc de guerre civil pas intéressant sur fond d’histoire d’amour et non! Le film m’a pris à contre-pied. Il oscille entre des scènes en prison et des moments au tribunal, alternant entre une introspection poignante et des moments de jugement sévère. Il propose une lecture très intérieure du personnage d’Arthur, qui tente de trouver une forme de rédemption malgré lui. Certain dialogue et quelques révélations sont géniales sur le passé sur personnage, j’ai eu de la peine et c’est ce que tous le monde voulais voir. Les premières minutes du film résonnent fortement en moi, montrant un Arthur qui n’est plus tout à fait le Joker, mais un homme en chute libre, conscient du vide qui l’entoure. Ce sentiment, cette descente après avoir été porté aux sommets, est terriblement humain. La symbolique, omniprésente dans cette première heure, est d’une grande justesse. Les fameux escaliers, cette frontière entre le réel et l’imaginaire, les sourires figés, les gros plans fixes d’une cruauté absolue : tout cela est magnifiquement orchestré. Les 20 premières minutes m’ont semblé raconté ceci, avec un Arthur qui n’a plus rien du Joker… Mais la seule chose qui peut vous faire remonter sur le ring, c’est les braises que vous avez semé malgré vous et qui sont devenus de belles flammes. C’est d’une poésie glaçante et je suis resté collé à mon siège. Assurément la première heure de film, je l’ai passé envouté et j’ai cru sortir de ma séance en mettant un 10/10 au film. Il y a un respect et une sur utilisation de symbolique très bien pensé, avec une réutilisation des éléments cruciaux du premier film. Sans oublié cette mise en scène qui arrive à rendre cet ensemble magique. Je pourrais vous citer des tonnes de passages, c’était un travail de virtuose! J’ai en partie adoré le film, tous comme ça fin, cruelle et froide, laissant les spectateurs avec mille questions, mais nous laissant face à la réponse suivante: La réalité ne veut pas du Joker. Cette situation m’a beaucoup questionné hier soir, à tel point que j’ai eu du mal à trouver le sommeil. Un produit culturel aussi complexe qu’un film mérite t’il d’être juger aussi durement pour si peu? Ici, ça gâche l’expérience, alors oui, mais au fond c’est tellement dommage, car moi qui pensait qu’une suite serait obligatoirement de trop, ce film a quand même réussit à faire une suite, avec quelques fulgurances qui méritent d’être salués. Parce qu’au fond, s’il suffit d’enlever les passages musicaux, qui polluent le film… On peut aussi espérer une director’s cut, ou une version de fan. (Comme on a pu avoir avec Matrix 3 sans les passages à Sion) Je pense qu’il a beaucoup de potentiel et même si je comprend l’énervement général, j’ai pu y voir du bon et même de l’excellent.
Joker – Folie à deux
