C’est exactement le genre de film auquel je n’aurais jamais prêté attention si plusieurs personnes ne m’avaient pas conseillé d’y jeter un oeil, après ces bandes annonces ayant cassés internet. Je n’aime pas la K-pop et je ne lis pas de manwa. Je fais même partie de ces gens un peu hermétiques à tout cet univers sucré, rythmé, marketé. Pourtant, malgré tous ces a priori (que le film ne cherche même pas à déconstruire en les assumant de bon coeur) je dois admettre que j’ai passé un bon moment. KPOP Demon Hunters, c’est l’archétype du film que je pensais détester. Franchement, les cinq premières minutes ont tout fait pour me conforter dans cette idée. Présentation des personnages ultra-expédiée, stéréotypes sur pattes, exposition en mode fast-food narratif… J’ai presque failli couper. Dès les 5 premières minutes il a coché tous les codes narratifs les plus ignobles à mes yeux. Mais c’est là que le film m’a surpris, il assume tout. Ses archétypes, ses blagues, son esthétique, son rythme. La réalisation est franchement propre. Il y a un vrai soin visuel, un sens de la mise en scène dynamique, des chorés qui envoient (même si ça ne me parle pas plus que ça), et surtout une capacité à rendre le tout lisible, rythmé, agréable à suivre. On sent que le film a potassé ses références, qu’il sait d’où il vient, à quels codes il emprunte et qu’il le fait avec respect. Les bastons façon anime, les punchlines calibrées à la seconde près, les transformations ultra-colorées… tout est là et bien dosé! Là où je m’attendais à un gloubi-boulga indigeste de clichés K-pop sur fond de chasse aux démons, j’ai finalement eu droit à une comédie d’action grand public, maline dans sa cible, efficace dans ses effets, et bourrée de bonnes idées visuelles. C’est drôle. Parfois même très drôle. Les gags, souvent visuels ou situationnels, marchent à merveille. Il y a ce côté cartoon moderne qui m’a rappelé certains films d’animation DreamWorks de la bonne époque, où l’humour n’est jamais en trop, où la légèreté n’empêche pas la précision. Bon, cela dit, faut pas non plus s’emballer… Le scénario tient sur un ticket de métro. J’ai même l’impression qu’il est prétexte à faire s’enchainer des moments d’actions musicaux, à la sauce Fortiche Studio. Tout est beaucoup trop prévisible, chaque rebondissement semble coché sur une checklist. Malgré les efforts du film pour emballer le tout dans un vernis flashy, on sent vite venir les enjeux, les retournements, les “le pouvoir de l’amitié”, et les clins d’œil à la pop culture K-dramas / K-pop / manwa qui, pour moi, restent un peu vides faute de références solides. C’est une mécanique bien huilée, mais une mécanique aux ressorts trop évidents quand même. Il y a aussi ce côté « produit prêt-à-l’emploi » qui m’a sauté aux yeux, on sent que le film aurait adoré être une franchise. Qu’il aurait pu être décliné en figurines, en série animée, en albums collectors. Franchement, je ne dis pas ça méchamment. C’est ce que je trouve justement respectable ici, puisque le film respecte son public. Il ne prend pas les enfants pour des idiots. Il ne méprise pas les fans de K-pop. Il propose une aventure calibrée, mais pas cynique et je pense qu’une sortie ciné ne lui aurait pas fait honte. En résumé, je ne reverrai probablement jamais ce film. Ce n’est pas ma came, ni dans le fond ni dans la forme. Mais je suis content de l’avoir vu. Parce qu’il m’a montré qu’un bon film peut naître même d’un concept qui ne m’attire pas du tout. Qu’il suffit parfois d’une mise en scène soignée, d’un peu d’autodérision, et d’une volonté sincère de bien faire pour que la magie opère, même brièvement. Un bon moment. Pas un grand film, mais un de ceux qui rappelle qu’on peut être surpris, même là où on pensait ne rien aimer.
KPop Demon Hunters
