Lamb

Tendre anomalie

Au cours de mes explorations de films d’horreur sur une plateforme de streaming spécialisée, j’avais ajouté ce long-métrage à ma liste d’envies. Son affiche intrigante et la sobriété de son titre m’avaient immédiatement tapé dans l’œil. Amateur de rythmes lents capables d’instaurer une tension forte, j’ai tout de suite été intrigué. De plus, le visage familier de l’actrice principale laissait présager un budget solide. J’ai été terriblement surpris et rapidement scotché à mon écran en constatant que le film reposait sur seulement trois acteurs évoluant dans un décor très épuré, presque à la manière d’un huis clos.

Alors assez vite, j’ai senti comme un écho personnel et des thèmes sous-jacents.

Puisque le thème central du film a résonné d’une manière très particulière avec ma situation personnelle actuelle. L’histoire met en scène un couple de quarantenaires ancrés dans une routine simple, élevant des chèvres dans un lieu totalement isolé du monde. Dès leurs premiers échanges, pourtant très banals en apparence, on devine un passif lourd, un regret profond ou un manque qu’ils n’arrivent pas à combler. En lisant entre les lignes, j’ai immédiatement compris ce que le récit cherchait à raconter… Leur désir viscéral d’être parents. Cela se traduit par leur joie immense lors de l’accouchement d’une de leurs bêtes, mais aussi par le vide apparent de leur grande maison et de leur quotidien.

C’est dans ce contexte qu’une mise bas difficile donne naissance à une créature hybride, mi-homme mi-chèvre, que le couple prend instantanément en affection. Pour le spectateur, le film bascule alors dans une atmosphère très étrange, à la fois contemporaine, morbide et presque diabolique. Le réalisateur s’appuie sur des plans très étirés et des bruitages stridents pour souligner l’anormalité de la situation. Pourtant, toutes les scènes qui suivent sont empreintes d’une immense tendresse.

On finit par éprouver une réelle affection pour ce couple et pour leur étrange progéniture. Ce contraste m’a totalement envoûté.

L’intrigue progresse avec l’apparition du frère du protagoniste. Ce personnage apporte avec lui les fantômes de leur passé commun, notamment l’époque où ils faisaient de la musique électro. C’est un homme à la vie rocambolesque qui cherche à se mettre au vert car il doit de l’argent à des gens peu recommandables. Initialement hostile et profondément repoussé par la créature, il finit par accepter la situation et laisse le couple vivre sa vie. Cette nouvelle dynamique est très intéressante pour relancer le récit!

Le film est intelligemment découpé en chapitres qui se terminent sur de petits climax. Bien que ces rebondissements soient un peu prévisibles, ils ont le mérite de relancer l’intérêt. Le long-métrage semble d’ailleurs conscient de sa propre lenteur, qui s’avère parfois soporifique. Même en appréciant ce genre d’ambiance, il faut s’efforcer de rester bien éveillé pour ne pas piquer du nez.

S’il y a un film récent qui souffre de longueurs excessives, c’est bien celui-là… Le scénario a finalement très peu de choses à raconter par rapport au temps qu’il prend pour le faire.

Heureusement, la présence du frère injecte une dynamique plus tendue, comme j’ai pu le dire plus haut. On ressent l’approche d’un danger lointain et invisible, tandis que les non-dits au sein du trio confèrent une vraie friction et davantage de corps au récit. Malgré cela, je rejoins les critiques globales… Puisque le fameux danger n’apparaît que dans les cinq dernières minutes, sans aucune explication. On a la sensation visuelle d’une simple nouvelle horrifique de 10 ou 15 pages que l’on aurait étirée sur près d’une heure et demie, ce qui est assez curieux, voir un poil frustrant.

Pour autant, je ne déteste pas le film et je ne pense pas qu’il soit à éviter. Il réussit le tour de force d’être extrêmement touchant et intrigant, en enveloppant le spectateur dans un mystère constant. Plus qu’un pur film d’horreur, même s’il en adopte parfois les codes et l’atmosphère, il s’agit avant tout d’un drame familial perturbé par un élément fantastique. En résumé, l’exécution est bonne et efficace, mais l’intrigue tient sur un timbre-poste. C’est le genre d’histoire qui aurait été parfaite au format court-métrage de 15 minutes, diluée sur la longueur d’un film complet, c’est peut-être un peu trop.

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