Le Grand Méchant Renard et autres contes…

Aujourd’hui, je trouve que c’est difficile d’être du genre à revoir les mêmes films. Surtout dans un monde où l’offre est si vaste, si pressante. Ces derniers temps, j’aime bien me replonger dans ce qui m’a bien plu, entre BD, jeux, et films, je navigue entre plusieurs oeuvres, comme pour confirmer mon ressentit de l’époque. Ce film là, je l’ai revu trois fois. Trois fois et à chaque fois, j’ai ce sourire idiot au coin des lèvres. Ce même attendrissement, cette même sensation de chaleur, ce mélange rare de rires sincères et de douceur artisanale. Parce qu’il y a là un film qui ne cherche jamais à épater, mais qui touche droit au cœur. Déjà, il faut parler de l’animation. C’est du dessin « à l’ancienne », au trait vivant, parfois tremblotant, comme sorti d’un carnet d’illustrateur qu’on aurait animé à la main, un peu maladroitement, mais avec un amour profond. C’est tout sauf parfait, mais c’est justement ce qui le rend inimitable. Le style visuel évoque un album jeunesse crayonné, à la Benjamin Renner évidemment (puisqu’il en est l’auteur), et il y a dans chaque plan une spontanéité graphique qu’on ne voit plus ailleurs, où tout tend à être lisse, propre, formaté. Ici, le trait vit. Le film est structuré comme une pièce de théâtre, avec ses rideaux, ses interludes, son ton presque burlesque. On nous présente trois petites histoires, trois contes plus ou moins liés par le décor de la ferme et les personnages, et chacun a son rythme, sa musicalité, sa petite morale jamais pesante, toujours en filigrane. Loin de la mièvrerie, ça respire la malice. L’écriture est fine, drôle, et surtout, elle ne prend jamais les enfants pour des idiots. Ça ose l’absurde, ça ose l’échec, ça ose le silence. Et puis il y a ce renard. Ce pauvre renard, qui veut être effrayant, respecté, qui veut jouer un rôle dans la chaîne alimentaire mais qui finit par couver des œufs et devenir, malgré lui, une maman poule absolument catastrophique mais sincèrement émouvante. Je crois que je ne m’en lasse pas. Chaque scène avec lui est à la fois un sketch, un aveu d’échec, un moment tendre. Il y a quelque chose d’universel là-dedans… Vouloir être quelqu’un d’autre, et se découvrir, à force de ratés, une tendresse inattendue. L’humour fonctionne à tous les niveaux. On rit enfant, on sourit adulte, on soupire d’émotion parfois aussi. Ce n’est jamais vulgaire, jamais forcé. C’est un humour de situations, de dialogues, d’accumulations absurdes, avec des timings parfaits. Je pense notamment à la scène des cigognes, ou celle de l’accouchement dans la voiture, qui sont pour moi des sommets de comédie douce et décalée. Rien que pour ça, j’y retourne. Mais ce que je retiens le plus, au fond, c’est ce sentiment d’apaisement. Le film me rend heureux. Il ne cherche pas à démonter le monde, ni à délivrer un message écrasant. Il montre juste un petit coin d’univers bancal, où les animaux sont maladroits mais attachants, où l’amitié est bizarre mais sincère, où l’échec est constant mais jamais grave. Une chose que je trouve précieuse. Alors oui, tout n’est pas parfait. Le dernier conte est peut-être un poil plus faible, certaines transitions sont un peu hachées, et on sent que le format épisodique trahit les origines télévisuelles du projet. Mais franchement, qu’importe. L’essentiel est ailleurs. Le Grand Méchant Renard et autres contes…, c’est un film que je montre avec fierté, que je recommande sans hésiter, et que je garde comme un petit refuge. C’est tendre, c’est drôle, c’est libre.

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