Le Patient

Un huis clos au scalpel qui sait s’ouvrir par moment pour relancer élégamment son histoires. Ma lecture a donc été assez fluide, malgré quelques défauts qui me semblent assez cruciaux de mettre en évidences. J’avais envie de découvrir cette œuvre après avoir entendu beaucoup de bien sur son auteur, et ce petit format à 10€ chez Glénat était une belle occasion de m’y plonger. Timothé Le Bouché m’avait fortement marqué avec ces jours qui disparaissent, j’avais donc une totale confiance en cette nouvelle lecture. Résultat… Un avis assez partagé, oscillant entre l’appréciation d’un récit bien construit et une certaine frustration face à son exécution. Il y a une vraie idée derrière cette BD. Une tension psychologique qui s’installe, lentement et même trop lentement. Les silences prennent du sens une fois que certaines révélations tombent, et cette relecture rétroactive où l’on comprend enfin les non-dits, les attitudes fonctionne assez bien. On sent que Le Boucher a cherché à construire un récit à double fond, où ce qui ne se dit pas est presque plus important que ce qui se joue devant nous. Mais voilà, si l’intention est là, la mise en œuvre me laisse perplexe. Le rythme m’a semblé très déséquilibré, avec un début loooong, qui piétine, introduit une foule de personnages secondaires dont l’utilité est parfois discutable, pour qu’au final l’enquêteur, qui semble être un pivot important du récit, débarque presque en bout de course. J’ai eu l’impression d’attendre, d’attendre encore, pour qu’une tension enfin se cristallise… et qu’elle soit aussitôt expédiée. Un drôle de tempo, entre lenteur inutile et précipitation finale. Il y a un soucis de gestion de rythme assez évident et inerrant des premières œuvres à la narration particulière. En revanche… Je comprends les critiques qui voient dans le récit quelque chose de caricatural. Les bascules meurtrières sont abruptes, parfois trop, mais moi j’ai plutôt aimé ce choix. Il y a quelque chose de froid, de tranchant, dans ces accès de violence, qui créent un contraste réussi avec la mollesse apparente de l’intrigue. On ne sombre pas dans le pathos ou l’explication psychologique facile, on reste dans le flou, et ça alimente une forme d’angoisse sourde. Digne de certains thriller des années 90, avec une fin ou on va s’amuser à refaire le fil pour savoir qui est vraiment l’antagoniste. Reste que, malgré ces fulgurances, je n’ai pas été totalement convaincu. Le Patient est une œuvre intrigante, bien construite sur le fond, mais un peu maladroite sur la forme. J’ai apprécié l’expérience, je suis content de l’avoir lue, mais je doute qu’elle me reste en mémoire très longtemps. Une lecture agréable, parfaite pour l’été et qui m’a embarqué avec intérêt, mais qui m’a laissé à la fois séduit et distant.

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