Très dur de résumer ce que j’ai pu en penser… Une œuvre qui me laisse à la fois admiratif et… distant? Peut-être était-ce cette aura discrète mais persistante autour de la série, ce bouche-à-oreille sincère, presque affectueux, qui me soufflait que j’y trouverais une fantaisie singulière, une autrice à la plume fine, un univers doux-amer. Dans un sens, c’est exactement ce que j’ai eu! Pourtant, quelque part en route, une distance s’est installée. Une forme de lucidité ou de décalage, je ne sais pas encore laquelle des deux a gagné. Ce que Dabos crée ici est impressionnant de cohérence. Ce monde éclaté, fragmenté en arches comme des morceaux de miroirs brisés, chacun régi par une entité-totem, et porteur d’us et coutumes propres, ça n’a rien d’un simple décor de fantasy. C’est original, pensé, incarné, presque vivant. C’est un monde qui a digéré ses propres mystères, où les règles magiques sont aussi culturelles, politiques, éthiques. En bref, un vent de fraicheur. On découvre tout à hauteur d’Ophélie, sans exposition lourde, sans info-dumping assommant et rien que pour ça, je tire mon chapeau. On sent qu’il y a une confiance dans l’intelligence du lecteur… Dans sa patience, aussi. Parce que oui, il faut être patient. Et c’est là que le bât commence à blesser pour moi. Le rythme est lent, objectivement lent. On parle souvent de « mise en place » dans un tome 1, mais ici, c’est presque une longue cérémonie d’introduction. On observe, on s’installe, on suit Ophélie dans un quotidien contraint, dans les méandres d’une cour qui ne dit pas son nom, où la méfiance est la norme. ça fonctionne… jusqu’à ce que ça commence à ronronner. Certains passages donnent l’impression de faire du surplace, de délayer l’intrigue dans des descriptions, dans des petits riens de l’étiquette ou des murs de la Citacielle, là où j’attendais qu’on me donne un peu plus de chair dramatique, un peu plus de tension ou de conflictualité réelle. Pourtant, c’est justement parce que le rythme est lent que certaines choses prennent corps. Ophélie, par exemple, est un personnage qui n’aurait jamais pu exister dans une fantasy frénétique. J’observe d’ailleurs sur internet qu’elle n’est pas trop apprécié car très quelconque et trop en retrait, à tous les moments… J’avoue bien volontiers, qu’étant lecteur, je me dois d’avoir un personnage comme vaisseau pour me permettre de découvrir un monde fantastique, pour mieux le comprendre. Alors elle s’efface souvent et j’admet qu’elle ne restera pas forcément dans les mémoires… C’est une héroïne fragile, mais pas fade. Effacée, mais pas vide. Elle n’a pas besoin de crier ou de faire des roulades en criant vengeance pour exister. Elle traverse, elle encaisse, elle pense. Elle ne brille pas, mais elle tient. Oui, je ne l’ai pas détesté, malgré ces défauts, que je qualifierais avec beaucoup plus de nuance. Il y a quelque chose de très beau dans cette lente affirmation de soi. Son duo avec Thorn, froid, distant, presque brutal dans sa façon d’être, est à l’image du livre, tout en non-dits, en silence tendus, en regards qui ne se croisent pas. Pas de romance sucrée ici. Pas de complicité de surface. Juste deux personnages qui cherchent à survivre dans un cadre qui les dépasse, et qui ne peuvent compter que sur eux-mêmes. C’est rugueux, mais c’est juste. Alors quoi de mieux qu’une héroïne effacé et timide pour mettre le mieux toutes ces choses en scènes? Mais cette justesse ne suffit pas toujours à m’embarquer. Au bout d’un moment, j’ai commencé à voir les rouages. Les dynamiques déjà vues. L’héroïne forcée à quitter son monde, à se plier à des codes absurdes, à démêler des complots de cour… On sent les inspirations, on devine les prochaines étapes. L’univers est riche, certes, mais l’intrigue principale, elle, reste assez convenue. J’ai senti la mécanique, là où j’aurais voulu de la surprise, du trouble, du vertige. Et ça m’a doucement éloigné du texte. Comme si, malgré tout ce que je voyais de qualité, quelque chose d’impalpable me gardait à distance. Est-ce moi qui ai changé ? Peut-être. J’ai eu ce sentiment étrange de ne plus être tout à fait le public visé. D’avoir, en quelque sorte, dépassé l’âge de cette lecture. Car peut être que sous cette forme, elle est bien trop enfantine… Aujourd’hui, elle me parle difficilement. Ce n’est pas un défaut du livre. C’est juste que parfois, les lectures ne tombent pas au bon moment. Alors que reste-t-il ? Un livre fin, bien écrit, admirable sur bien des aspects, mais qui n’a pas éveillé chez moi cette nécessité de continuer. Pas de rejet, pas d’ennui profond, juste… une forme de contentement poli. J’ai apprécié. Mais je ne suis pas tombé amoureux. C’est peut-être ça, le paradoxe de La Passe-Miroir. Un livre qu’on respecte plus qu’on ne chérit, qu’on admire plus qu’on ne savoure. Mais qui, pour beaucoup, deviendra sans doute un classique intime. Je le comprends, même si, moi, je reste à la lisière et je n’aurais donc pas la curiosité d’en lire la suite.
Les Fiancés de l’hiver
