Découvert à l’époque de ça sorti, j’ai pu constaté qu’il n’avait pas pris une ride et qu’il c’était peut être même bonifié avec le temps. Une sortie qui avait marqué 2014, sans que j’en entende trop parler, alors je compte bien lui rendre un petit honneur ici. C’est très étrange que je n’ai pas pris le temps d’écrire quelques lignes à l’époque. Peut-être parce que j’avais peur de ce genre de films un peu froids, ultra esthétiques, avec une critique sociale en toile de fond, qui prennent souvent le risque de nous montrer le pire de l’humain. Et je ne me trompais pas, Night Call, c’est exactement ça. Mais c’est aussi un peu plus maintenant que j’ai un peu plus de recul. Jake Gyllenhaal est glaçant. Il y a quelque chose dans son regard qui m’a mis mal à l’aise dès les premières minutes, et le malaise ne fait que grandir tout au long du film. Ce mec, c’est un trou noir. Il absorbe tout autour de lui. L’éthique, la morale, la peur, l’humanité. Il est fascinant, parce qu’il est impossible à cerner. Il passe du looser social au monstre de sang-froid avec une aisance qui fout des frissons. Et le pire, c’est que tout ça est crédible. Night Call nous rappelle que le pire des monstres est souvent façonné par la société elle-même. Et que dans un système qui récompense les résultats avant tout, on peut très vite valoriser les profils les plus dangereux. Visuellement, c’est une claque. La ville de Los Angeles la nuit, filmée comme un terrain de chasse, avec ses néons, ses carrefours vides, ses gyrophares… tout est fait pour qu’on ait l’impression de suivre un prédateur en action. Et cette ambiance, entre film noir moderne et thriller d’obsession, elle fonctionne du tonnerre. J’ai vraiment été happé par cette plongée dans un univers où tout est permis tant que ça sert une audience, un scoop, une image choc. Le film ne prend pas de détour pour nous montrer à quel point l’information est devenue spectacle, et à quel point la frontière entre journaliste et charognard est floue. On rit jaune, on serre les dents, on espère une limite morale… mais elle ne vient jamais. Night Call ne sauve personne, et n’excuse rien. Si je devais lui reprocher quelque chose, peut-être un rythme un peu linéaire sur la fin, où le film reste dans une montée sans réelle rupture. Mais honnêtement, ça fait aussi partie de sa logique? On accompagne un homme qui ne doute jamais, ne recule jamais, et finit par écraser tout ce qui se trouve sur sa route. C’est propre, maîtrisé, dérangeant. Et surtout, ça marque Un film très noir, très maîtrisé, et glaçant de modernité. Un des portraits de sociopathe les plus percutants que j’ai pu voir depuis longtemps. Et quelque part, un des meilleurs films sur les médias que j’ai pu voir aussi.
Night Call
