Dès les premières minutes, j’ai su que ça n’allait pas le faire… Ce quartier parfait, ces enfants bien peignés, ces parents dispos qui ont manifestement du temps libre entre deux cours de poterie et une session yoga dans un parc immaculé… Parents d’élèves commence comme une carte postale de la bourgeoisie urbaine fantasmée. Un monde où les rues sont jolies, les écoles bienveillantes, les garderies presque poétiques. On se croirait dans une timeline parallèle, douce et aseptisée, un épisode de Black Mirror sans la partie noire. Mais bon, j’ai voulu faire l’effort. J’ai joué le jeu! Allons-y, prenons-le comme un film de science-fiction sociale, un feel-good movie déguisé en pub Monoprix, couleurs vives, enfants adorables, adultes gentiment dysfonctionnels. Dans ce cadre irréaliste mais pas foncièrement antipathique, le concept fonctionne. Un trentenaire paumé, à moitié ado attardé, se retrouve babysitter d’un gamin de 8 ans. L’un cherche la reconnaissance, l’autre un prétexte pour draguer la maîtresse. Rien de nouveau sous le soleil, mais… ça marche et c’est mignon. Je n’ai pas explosé de rire, c’est vrai, mais j’ai souri et parfois avec une franche tendresse. Le ton est léger, certaines scènes sont bien calibrées, et ça pourra même parler à ces jeunes parents fraîchement sortis de la vingtaine, qui s’essayent à l’éducation en gardant encore un pied dans la fête, les conneries, le « reste cool ». C’est là que le film arrive à être touchant par endroits, sincèrement mignon. Sans être marquant, il remplit honnêtement sa mission de comédie familiale, créer du lien entre générations, rappeler qu’on peut encore jouer au Lego en cachette de ses potes et faire des déguisements débiles avec ses mômes sans forcément passer pour un déchet émotionnel. Franchement, dans un paysage comique français souvent trop lourd ou trop plat, c’est déjà pas mal. J’avoue même avec beaucoup de plaisir, que je n’ai pas vu le temps passer devant ce film et que je regrette qu’il finisse oublié, car il a quand même cette insouciance qui fait du bien. Y’a quelques choix de cadrage douteux et terriblement aléatoire par moment, mais si on reste à la cool et qu’on le prend juste comme un bon moment de cohésion, il fait le taff! Mais très vite, le vernis craque. Et là, c’est plus fort que moi, j’ai dégainé la check-list du fantasme bobo: – Une boum parent-enfant ambiance années 70 avec tout le monde sur le dancefloor façon « la fête de fin d’année rêvée qu’on n’a jamais eue » ? – Le type un peu lourdaud du groupe, qualifié direct de « facho », parce qu’en 2020, les insultes n’ont plus besoin de nuances ? – Un costume de poulet pour vendre des trucs comme dans les séries US, sauf que t’es censé être en banlieue pavillonnaire française et que ton business, clairement, personne n’y croit deux secondes ? – Le mec bohème de trente ans, qui vit dans un appart rempli de bouquins avec un chien, un chat, et probablement une tortue, qui a « voyagé en Afrique » (le continent, dans son entièreté) et parle le wolof pour impressionner les mamans ? Parce que oui, c’est possible de vivre parmi les riches en de gardant que quelques animaux et un enfant, tous en se gavant de livre… Et j’en passe et des meilleures… C’est pas un film, c’est une brochure de vie idéale pour CSP++ déconnectés. Plus ça avance, plus tu te rends compte que le film ne veut jamais sortir de ce cocon enchanté. Il ne veut surtout pas froisser. Il ne veut pas heurter. Il veut juste que tu dises « oooh c’est mignon ». Et c’est là que le bât blesse, parce qu’on est juste face quelque chose de 100% iréel! Parce qu’à force de s’enfermer dans cette quatrième dimension de tendresse artificielle, Parents d’élèves finit par devenir super cringe. Les dialogues ? Improbables… Même les enfants parlent comme s’ils avaient eu un coaching avec Fabrice Luchini et une séance de yoga pour apprendre à respirer avant chaque réplique. Les adultes ? On dirait qu’ils jouent dans une pub pour les assurances, ou qu’ils sont eux aussi en CM2. Tout est trop propre, trop doux, trop prévisible. Même les disputes sont jolies. Même les malaises sont pastel. Et pourtant, malgré tout ça, je n’arrive pas à le détester. Peut-être parce que j’aimerais y croire, à ce monde-là. Celui où les parents dansent avec leurs gosses sans complexe. Où les profs et les parents sont patients et sexy. Où même les loosers sont attendrissants et plein de ressources. Mais la vérité, c’est que Parents d’élèves, c’est un film qui parle surtout à lui-même. Il aurait pu être vraiment tendre, vraiment drôle, vraiment surprenant. À la place, il est agréable et oubliable, un petit bonbon sans arrière-goût, mais qui fond trop vite pour qu’on s’en souvienne. Pas désagréable, non. Mais franchement, qui vit dans ce monde-là ? Et surtout, pourquoi y rester enfermé si c’est pour ne plus rien avoir à dire ?
Parents d’élèves
