Ma première lecture m’avais beaucoup touché à l’époque de la sortie de l’intégrale, que j’avais déjà lu en scan quelques années plus tôt… Puis j’ai eu peur que cette oeuvre ne me parle plus et ne me questionne plus au fil des ans. Comme d’habitude, c’est bien plus compliqué que ça. J’admet beaucoup de défaut à Planetes, mais ça reste quand même un manga que je considère très important pour le genre et pour son auteur. Planètes, c’est l’un de ces rares mangas qui ne cherchent pas à briller, mais à résonner. Pour moi, c’est un titre qui continue de trotter dans un coin de ma tête, même des années après sa lecture. Pas parce qu’il m’a offert une aventure haletante ou des personnages inoubliables, mais parce qu’il m’a laissé avec un drôle de vertige. Un vide, au sens propre comme au figuré, qui s’est transformé en espace de réflexion. Planetes, c’est la transcription en BD des discussions qu’on pourrait avoir avec des amis, un soir calme à contempler les étoiles. Nous ne sommes pas des génies, mais on a envi de prendre des temps d’introspections pour refaire le monde et c’est typiquement ça qu’est ce manga à mes yeux! On pourrait lui reprocher sa lenteur, ses dialogues un peu appuyés, ses personnages secondaires effacés, son propos écolo naïf… mais ce serait, je crois, lui demander d’être un autre manga. Yukimura n’essaie pas de faire un récit d’action, ni une fresque de SF spectaculaire, il pose des jalons, des silences, des fragments. Il se sert de l’espace pour parler de nous, terriens maladroits, englués dans nos contradictions . L’espace ici n’est pas un terrain de conquête, mais un miroir. Et ce miroir, il est souvent flou, bancal, pas très flatteur. Mais c’est aussi ce qui le rend vrai. Ne pas aimer Planetes est totalement normal et j’étais clairement partir pour être de ceux-là à me relecture… Alors oui, c’est une oeuvre qui manque de relief. Les personnages sont quelconques, on s’attache difficilement à eux. C’est pas faux. Mais à mes yeux, ce sont plus des figures que des héros. Des gens qui doutent, qui se plantent, qui rêvent d’aller plus haut tout en restant coincés dans leurs petites peurs humaines. Et c’est précisément cette banalité-là qui me touche, elle nous renvoie à nos propres réflexions, à notre propre incapacité à savoir ce qu’on fout là, au milieu du vide. L’écriture est parfois un peu lourde, il faut le dire. Certaines séquences sonnent un peu comme un exposé de lycée en philo, pour des débutants, avec la volonté très visible de faire réfléchir. Mais il y a derrière une sincérité que je respecte profondément. Yukimura essaie de dire des choses, maladroitement parfois, mais avec cœur. Et dans un monde saturé de récits cyniques ou trop lisses, ça fait du bien de lire un manga qui ose prendre son temps, oser être un peu naïf, un peu verbeux, un peu imparfait. L’arc écologique m’a surpris. Pas par son contenu, que j’ai trouvé très simple, voire un peu scolaire, mais par sa douceur. J’ai du mal avec les discours moralisateurs sur l’environnement, mais ici, c’est dit avec une sorte de bienveillance qui fait que ça ne m’a jamais gêné. Peut-être aussi parce que ça s’inscrit dans un ton général, celui d’un manga qui ne veut pas crier plus fort que les autres, juste murmurer à l’oreille de ceux qui veulent bien écouter. Techniquement, les débuts sont plus ancrés dans le réalisme spatial, et j’ai beaucoup aimé cette rigueur. Mais c’est vrai que ça s’efface peu à peu pour laisser place à quelque chose de plus introspectif. Certains regretteront cette bascule, moi j’y ai vu un glissement naturel vers ce que Planètes veut vraiment raconter… L’intime, pas le spectaculaire. Avouons-le, c’est quand même assez con de débuter du coup, sur autant de détails sur l’épopée spatiale du coup… J’imagine que l’auteur avait débuté quelque chose et qu’il a fini par changer de cap. Ce qui n’entâche pas pour autant son travail, à mes yeux. Et puis il y a la structure. Pas de montée dramatique classique. Pas de climax évident. Des morceaux d’existence, posés là, comme les fragments d’un satellite en orbite. Ça peut frustrer. J’ai moi-même décroché parfois, avant de replonger avec plus d’attention. Mais cette narration par à-coups colle à l’idée de dérive, à cette sensation d’errance qu’on ressent aussi bien dans le vide spatial que dans certaines périodes de nos vies. Planètes, ce n’est pas un chef-d’œuvre de rythme ou d’émotions fortes. Ce n’est pas un manga à conseiller à tout le monde. C’est un de ces titres qu’on lit en silence, sans toujours savoir quoi en penser, mais qu’on garde dans un coin de soi. Pas pour ce qu’il raconte, mais pour la manière dont il le fait. Il n’a pas toutes les réponses. Et tant mieux, puisqu’il est juste la représentation de ces moments de calmes ou on se prendre à réfléchir simplement à nos existences. C’est typiquement le genre de recul que j’invite chaque être humain à faire quelques fois dans leurs vies!
Planetes : L’Intégrale
