Relic

L’ehpad c’est pas si mal

Sorti il y a déjà six ans, j’étais complètement passé à côté de ce long-métrage. Et pourtant, quelle claque… Je suis tombé sur une sacrée perle cachée. Il est d’ailleurs regrettable qu’on risque de l’oublier aujourd’hui, alors qu’il mérite une attention toute particulière.

Certes, il s’agit d’un film d’horreur. Je peux donc comprendre la déception de certains puristes, puisque l’épouvante pure ne démarre qu’assez tard dans l’intrigue. Mais de mon côté, je ne l’ai pas du tout interprété comme ça… Je l’ai avant tout considéré comme un drame familial centré sur le vieillissement.

Visuellement parlant, l’œuvre est une franche réussite!

Immergé dans cette petite maison cernée par une forêt humide, le spectateur ressent pleinement l’atmosphère des lieux. On sent immédiatement la patte d’une cinéaste expérimentée! tTout au long du récit, la direction graphique est superbement maîtrisée. L’ambiance du début se révèle particulièrement envoûtante, tout comme le réalisme saisissant de ces pièces du quotidien détruites ou accumulant le désordre. Quant à la transformation physique finale, elle s’avère d’un réalisme frappant. En distillant de nombreux éléments horrifiques, la réalisatrice nous propose en réalité un body horror très soft, qu’elle filme avec une profonde délicatesse.

J’insiste sur ce sentiment de douceur, car j’ai l’impression que c’est le fil conducteur de l’œuvre. Le récit s’ouvre et se poursuit sur des drames très communs, mais le tout reste enveloppé dans une atmosphère tendre. Bien que le cadre soit horrifique, c’est l’amour sous toutes ses formes qui opère au sein de ce trio de personnages. Et c’est précisément ce qui rend la conclusion encore plus tragique.

Ces moments d’intimité ralentissent soudainement le rythme du film. Ce choix ne m’a pas déplu, car l’intrigue est plutôt courte et introduit son sujet très rapidement, ces scènes plus posées laissent ainsi le temps à l’image de s’attarder sur l’humain. Le point fort du long-métrage réside d’ailleurs là. Cette présence surnaturelle n’est finalement qu’une allégorie de la maladie d’Alzheimer et de la sénilité. Réussir à transformer l’angoisse de perdre l’esprit de cette manière, c’est toucher du doigt le moment où la poésie de la peur devient magnifique.

En plus d’un travail exceptionnel sur la photographie et les décors, la réalisatrice instaure une tension sonore que je trouve assez légère, voire un poil neutre. L’œuvre évite judicieusement les jumpscares classiques au profit de bruits sourds. Le problème, c’est que j’ai trouvé ces derniers un peu trop répétitifs et présents pour pas grand-chose. C’est peut-être le seul petit point noir sur ce gâteau déjà bien généreux.

Une mention spéciale doit être attribuée au jeu des trois actrices, qui incarnent trois générations distinctes. Une adolescente, une cinquantenaire et une femme âgée. La performance de cette dernière est particulièrement déchirante, oscillant entre une vulnérabilité touchante et une agressivité terrifiante. Cela rappelle de nombreux films traitant du même sujet, mais l’aborder ici sous l’angle de l’épouvante se révèle bien plus créatif.

Cependant, la poésie de la peur implique aussi de laisser des zones d’ombre. Il n’est pas toujours nécessaire de tout expliquer, c’est aussi cela qui fait la beauté d’une œuvre. Malgré tout, le bon dosage reste à trouver, et je trouve qu’ici, le mystère est un peu trop épais. D’où vient cette entité ? Quelle est l’importance réelle de certains objets dans les souvenirs ? Franchement, le scénario abuse un peu trop de la carte de l’énigme, sans jamais offrir de résolution narrative claire, ce qui rend l’ensemble un peu trop flou.

Quitte à accepter l’allégorie de la maladie, on aurait été en droit d’attendre un peu plus de repères et d’ancrage dans le réel.

De même, il est dommage que les personnages manquent d’épaisseur. Elles auraient mérité une personnalité plus fouillée ; nous sommes face à des « rôles fonctions » (la petite-fille, la fille, la mère) sans véritable trajectoire propre. Heureusement, le talent du casting et la qualité globale de la mise en scène font oublier ce détail.

N’en déplaise aux amateurs de sensations fortes, nous sommes ici face à un drame psychologique et métaphorique. Loin des effusions de sang et des affrontements spectaculaires, le ton se veut plus feutré et esthétique. L’épouvante sert un propos très noble, et elle le fait remarquablement bien. Je constate d’ailleurs que la majorité des critiques négatives proviennent du fait que le film a été survendu comme une histoire classique de maison hantée ou de possession, alors que sa démarche est infiniment plus poétique et humaine.

Le dénouement est à ce titre particulièrement bouleversant. Sans aller jusqu’à verser une larme, je comprendrais tout à fait que certains craquent. Face à l’horreur de vivre, petit à petit, le déclin et la perte de sa propre mère, j’aurais moi-même pu pleurer. Les derniers plans démontrent que tout cela était avant tout un effet de style guidé par l’affection. C’est indéniablement ce que je retiendrai le plus.

En conclusion, Relic est un film d’horreur psychologique brillant mais exigeant, à conseiller en priorité aux amateurs d’ambiances lourdes et de récits intimistes. En détournant habilement les codes de la possession et du body horror, il offre une métaphore universelle de nos propres vies et des tragédies familiales qui nous guettent tous. Il s’en dégage quelque chose de profondément humain, et je suis ravi de l’avoir découvert. Si vous acceptez de vous laisser porter par son rythme et d’embrasser ses nombreuses zones d’ombre, vous découvrirez une œuvre étouffante qui vous marquera bien plus par sa tristesse absolue et sa beauté crépusculaire que par ses monstres.

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