Difficile de ne pas être attiré par Sea of Stars. Dès son annonce, le jeu semblait avoir tout pour séduire! un hommage revendiqué à Chrono Trigger, un système de combat inspiré de Mario RPG, et un pixel art d’une précision chirurgicale qui impose immédiatement le respect. J’étais séduit, conquis d’avance, et j’ai acheté le jeu dès sa sortie, avec l’enthousiasme de retrouver ce qui faisait la grandeur des RPG d’antan. Et, au début, la magie opère. L’introduction met en place un univers charmant, avec un soin du détail hallucinant. Visuellement, il n’y a rien à redire, le pixel art est somptueux, jouant avec des profondeurs de champ sublimes et une animation fluide qui fait honneur au médium. C’est un véritable exemple de maîtrise artistique, et je suis certain qu’il sera longtemps cité comme une référence en la matière. Tout est léché, travaillé, et on sent que les développeurs ont mis une passion immense dans la direction artistique. Arriver à nous faire ressentir à hauteur des plateformes où on se trouve, via du pixel art, ça peut paraitre anodin, mais croyez moi, à ce niveau là, c’est du génie! Mais après 15 heures de jeu, l’émerveillement initial a laissé place à une frustration grandissante. La démo m’avait laissé une bonne impression, me donnant l’envie de plonger dans cette aventure, mais très vite, une inquiétude s’est installée… Et si tout le jeu se contentait de répéter encore et encore ce que j’avais déjà vu dans ces premières heures ? Et malheureusement, c’est exactement ce qui s’est passé. Là où un bon RPG se renouvelle constamment, Sea of Stars semble figé dans un schéma qui tourne à vide. L’hommage à Chrono Trigger est omniprésent, mais c’est bien là mon problème, Sea of Stars n’apporte rien de plus. Pire encore, il ne semble même pas comprendre ce qui faisait la force de son modèle. Il reprend les codes esthétiques et structurels, mais sans la richesse de gameplay qui aurait pu donner une vraie profondeur à l’expérience. Le système de combat, qui promettait un mélange entre Chrono Trigger et Mario RPG, est un véritable échec en termes de sensations. Sur le papier, appuyer au bon moment pour infliger plus de dégâts ou bloquer une attaque, c’est une bonne idée. Dans les faits, c’est mal calibré, imprécis, et pire encore, inutilement répétitif. L’impact des choix stratégiques est quasi nul, la montée en niveau est une illusion, et les choix d’améliorations de stats sont anecdotiques. On progresse sans jamais ressentir cette montée en puissance propre aux RPG bien équilibrés. Résultat? Chaque combat devient une corvée, un enchaînement d’actions mécaniques sans saveur, où l’on spamme ses attaques en attendant la fin. J’ai eu plus envi de passer les combats, pour arriver jusqu’au boss d’une zone… Ce qui est un comble pour un RPG, sans rencontre aléatoire! Et ça, c’est peut-être ce qui m’a le plus frustré. Un RPG, aussi classique soit-il, doit provoquer un sentiment d’évolution, de découverte, de surprise. Ici, tout semble figé. On avance, on combat, on enchaîne les dialogues, mais rien ne donne envie d’explorer plus loin. Pas de mécaniques réellement innovantes, pas de combats marquants, et une narration qui, sans être mauvaise, ne fait rien pour compenser la mollesse du gameplay. L’ennui s’installe, et à partir de là, tout devient plus laborieux. Alors oui, Sea of Stars est magnifique. Oui, c’est techniquement impeccable. Oui, l’histoire, même si elle reste simple, se laisse suivre sans déplaisir. Mais dès qu’on gratte sous la surface, il manque quelque chose d’essentiel. Ce n’est pas juste une question de répétitivité, c’est l’absence de cette étincelle qui donne envie d’y revenir, de s’investir, de se perdre dans son monde. J’aurais adoré l’aimer, j’aurais adoré que cet hommage soit à la hauteur des maîtres du genre. Mais à 30 euros, je regrette amèrement mon achat, et même à moitié prix, j’aurais été déçu. Sea of Stars est un bel écran de fumée, une œuvre qui veut se vendre comme le successeur des grands RPG de l’ère 16-bits, mais qui, en réalité, ne fait que les effleurer sans jamais en saisir l’essence. Très content que les artistes soient acclamés et qu’un titre de ce type puisse avoir de la lumière, il le mérite… Mais en terme de game design pur, il s’inspire très mal de ces modèles au point d’en être une version bien en dessous.
Sea of Stars
