Je faisais partie de ceux qui avaient toujours boudé The Social Network. Pas par rejet du film en lui-même, mais parce que franchement, suivre l’histoire de la création de Facebook ne m’intéressait pas plus que ça. Je voyais ça comme un biopic sur un mec ultra-médiatisé dont je n’avais aucune envie de connaître les origines. Et puis, David Fincher. Là, ça a commencé à m’intriguer. Fincher, c’est un gars qui ne fait rien au hasard, un perfectionniste qui transforme tout ce qu’il touche en or noir. Alors, j’ai enfin lancé le film. Et bordel, quel pied. Dès les premières minutes, on comprend qu’on n’est pas juste devant un simple biopic sur Mark Zuckerberg, mais devant un thriller dialogué à la précision chirurgicale. C’est rythmé à un point hallucinant, sans jamais donner l’impression de forcer. Chaque scène s’imbrique dans la suivante avec une fluidité parfaite, chaque réplique claque comme une balle et le montage alterne entre les procès et la genèse de Facebook avec une efficacité redoutable. Jesse Eisenberg est absolument parfait dans le rôle. Il ne joue pas Zuckerberg, il est Zuckerberg. Ce mélange de froideur calculatrice, de mépris à peine dissimulé et de génie maladroit est fascinant à regarder. On ne sait jamais vraiment s’il est un sociopathe qui écrase tout sur son passage ou un type simplement incapable de fonctionner autrement. Andrew Garfield, en face, offre un contraste parfait, apportant toute l’émotion qui manque au personnage principal. Il y a une tension constante entre eux, une dynamique qui évolue au fil du film et qui rend leur relation aussi tragique que captivante. Et puis il y a la mise en scène. Chaque plan est composé avec une rigueur folle, chaque mouvement de caméra raconte quelque chose. L’ambiance froide, presque clinique, accentue ce sentiment de paranoïa qui s’installe au fur et à mesure que Zuckerberg gravit les échelons du succès en s’aliénant tous ceux qui l’entourent. Le vrai génie du film, c’est qu’il ne prend jamais parti. On ne nous force pas à aimer ou à détester Zuckerberg. Il est arrogant, génial, antipathique, visionnaire, ingrat, déterminé… Il est tout ça à la fois. Le film ne cherche pas à le diaboliser, ni à en faire un héros incompris. Il le montre tel qu’il est, avec ses forces et ses failles, et c’est là que The Social Network devient autre chose qu’un simple film sur la création de Facebook. C’est un film sur l’obsession, sur la trahison, sur le prix du succès. Et puis, évidemment, il y a la musique de Trent Reznor et Atticus Ross. Ce score électro minimaliste, anxiogène, qui vient se poser en fond comme une menace invisible. Il n’y a pas de grande scène d’action dans ce film, pas de coups de feu, pas de courses-poursuites, mais la tension est permanente, palpable, presque suffocante. Je suis sorti du film bluffé. Je pensais voir un biopic bien ficelé, j’ai découvert une œuvre magistrale, un drame qui se joue comme un thriller, porté par un script d’une intelligence rare et une mise en scène d’une précision chirurgicale. Comme quoi, même un sujet qui ne m’intéressait absolument pas à la base peut se transformer en claque monumentale avec le bon réalisateur derrière.
The Social Network
