S’aimer à en mourir?
Le body horror, ce n’est vraiment pas mon truc. Pourtant, ces derniers temps, je tombe sur de sacrées pépites, et Together en fait clairement partie. J’adore lorsque les films d’horreur utilisent leur concept comme une métaphore, et celle-ci est ici assez évidente. Puisque le film parle de la vie de couple, de sa puissance, mais surtout de la codépendance qui peut progressivement s’y installer.
L’horreur corporelle permet d’illustrer de manière très littérale le sentiment d’étouffement, la perte d’identité et l’épuisement d’un couple usé par le temps. La force surnaturelle qui contraint les corps des protagonistes à s’attirer, puis à fusionner, traduit visuellement leur incapacité à se séparer malgré une relation devenue toxique.
Dave Franco et Alison Brie, mariés dans la vraie vie (et qui vont si bien ensemble), incarnent Tim et Millie avec une grande justesse. Leur dynamique rend crédibles les querelles, la lassitude, le ressentiment passif-agressif et tous les non-dits qui se sont accumulés entre eux. Cela offre au film un véritable ancrage émotionnel, contrastant efficacement avec les scènes horrifiques. J’avais déjà un plaisir assez dingue à les retrouver ici, mais quelle surprise de les voir aussi efficaces dans ce registre !
J’ai tellement de mauvais souvenirs de films de body horror simplement sales et idiots que je reste assez méfiant envers le genre. Pourtant, après le génial The Substance, Together confirme qu’il est encore possible de faire quelque chose d’intelligent avec ce type d’horreur. Le film semble d’ailleurs partager avec lui certaines idées techniques. La mise en scène privilégie des effets pratiques réussis et une conception sonore particulièrement travaillée. Bruits d’os, frottements, étirements de chair… Le film parvient ainsi à être viscéral sans tomber dans la surenchère ou le gore outrancier, laissant souvent le malaise se construire par l’implicite. La seule véritable exception reste peut-être la créature dans la grotte, dont l’apparence m’a semblé assez bas de gamme.
Là où le résultat devient un peu plus moyen, c’est dans sa dernière partie.
La conclusion peine à maintenir le niveau des premiers actes. Le dénouement repose sur des indices découverts beaucoup trop facilement et fournit certaines explications de façon assez maladroite. J’ai vraiment eu l’impression que le réalisateur ne savait plus très bien comment conclure son récit.
Enfin… Le choix de représenter avec un certain réalisme un couple qui se déchire à coups de piques mesquines et de reproches constants rend Tim et Millie particulièrement exaspérants par moments. Oui, cela sert le propos du film, mais soyons honnêtes… Les dialogues ne constituent vraiment pas son point fort. On a parfois l’impression de regarder deux personnages issus d’une série très moyenne s’envoyer continuellement de petites remarques bidon. C’est dommage que leurs échanges n’aient pas été écrits avec un peu plus de naturel et d’humanité.
Le long-métrage assume heureusement un ton assez décalé. Il n’hésite pas à intégrer des situations absurdes et de l’humour noir, notamment lors de certaines scènes d’intimité absolument cauchemardesques. Chose qui contre balance le point faible précédemment cité. Puis ce positionnement lui donne une identité singulière de « comédie romantique démente » et permet de relâcher ponctuellement la tension.
Davantage axé sur le malaise que sur l’épouvante pure, Together touche finalement assez juste dans ce qu’il cherche à raconter. C’est une belle démonstration technique et artistique, construite autour d’une métaphore aussi évidente qu’efficace. Le récit repose sur un couple complexe , Tim et Millie s’aiment encore, mais subissent une forme d’attachement forcé, comme s’ils étaient condamnés à continuer ensemble malgré tout. Cette représentation d’un lien à la fois amoureux, toxique et inéluctable crée une véritable résonance psychologique et capte l’attention dès les premières minutes. (Très en lien aussi avec l’image de fin qui boucle parfaitement avec le propos)
Tout ne fonctionne pas parfaitement, en particulier les dialogues et une conclusion moins maîtrisée, mais l’ensemble reste suffisamment convaincant pour m’avoir fait suivre le film avec intérêt et implication. Mettons donc de côté ces quelques défauts, car à mon avis, Together mérite vraiment le coup d’œil !
