« L’art cloonesque est varié »
L’une des premières phrases du film qui illustre totalement ce dernier…
Quand j’ai découvert ce film, comme beaucoup, j’ai été immédiatement intrigué et séduit par son intitulé. C’est typiquement ce genre de titre un peu long, en apparence maladroit, mais qui réussit à poser un concept clair en une seule phrase. Il y avait quelque chose d’audacieux là-dedans, une promesse assez forte pour éveiller la curiosité.
Mais en même temps, difficile de ne pas ressentir une légère inquiétude. Ce genre d’idée, sur le papier, peut très vite tomber dans quelque chose de convenu. Je me suis surpris à imaginer la situation inverse, à la place d’un réalisateur à qui l’on propose ce scénario.
Instinctivement, je me suis dit que le risque était énorme de tomber dans une mécanique trop balisée.
Les premières minutes du film n’ont pas complètement dissipé ce doute. Elles ont même parfois eu tendance à le confirmer. On est clairement face à une structure très familière. Celle de la personne qui n’est pas née dans la bonne famille, mise de côté, en décalage avec ce qu’on attend d’elle. Ici, une vampire incapable de faire du mal, paralysée par une empathie trop forte pour correspondre à sa propre nature. Elle ne peut pas se nourrir normalement, et sa famille compense en lui fournissant des poches de sang qu’elle consomme presque comme des jus de fruits pour enfants. Rien que cette idée résume bien le ton du film. On comprend rapidement où l’on met les pieds.
Et c’est là que le constat s’installe. Oui, c’est convenu.
On devine sans difficulté la trajectoire globale. La rencontre avec ce garçon suicidaire, lui aussi marginalisé, harcelé à l’école comme dans son travail. Leur dynamique se met en place presque mécaniquement. Elle intervient, il s’accroche un peu à la vie, puis la situation se complique. Ils avancent ensemble, oscillant entre leurs failles respectives, jusqu’à ce moment où tout bascule, où elle accepte enfin sa nature de vampire. Derrière, cette relation qui se solidifie, qui évolue vers une amitié forte, avec un climax qui, lui aussi, ne déroge pas aux attentes du genre. À aucun moment, je n’ai été réellement surpris par les choix scénaristiques. Tout est lisible, certes mais c’est surtout trop prévisible. Il suffit d’imaginer le concept du film, pour déjà avoir prévu son déroulé et ça fin!
Et pourtant, malgré cette impression persistante de déjà-vu, je ne peux pas dire que j’ai passé un mauvais moment. Au contraire! Il y a quelque chose qui fonctionne très bien dans la manière dont le film se construit visuellement et tonalement. Les codes de l’horreur sont respectés avec sérieux. La mise en scène ne les prend pas à la légère, et la musique accompagne efficacement cette intention. Ce qui m’a vraiment marqué, c’est cette capacité à faire cohabiter des genres qui, sur le papier, ne s’entendent pas forcément. La comédie, le teen movie et l’horreur. Le film navigue entre ces registres avec une certaine aisance, presque une forme de légèreté maîtrisée.
Les cadrages et l’éclairage participent énormément à cet équilibre. Ils savent s’adapter, changer de ton, basculer d’une ambiance à une autre sans créer de rupture brutale. C’est un vrai savoir-faire. Ce genre de transition est souvent délicat, et ici, ça fonctionne à fond, c’est très fluide. À plusieurs moments, j’ai été surpris non pas par ce qui se racontait, mais par la manière dont c’était montré. Et ça, c’est déjà beaucoup.
Il y a aussi toute cette dimension très particulière dans l’écriture des dialogues. Cet accent canadien apporte immédiatement une couleur, une texture. Mais au-delà de ça, j’ai eu très vite la sensation d’assister à quelque chose de presque théâtral. Il y a un côté théâtre de boulevard dans certaines situations, dans la manière dont les personnages s’expriment. Des répliques qui semblent parfois un peu décalées, mais qui, en quelques mots, définissent parfaitement une personnalité. Des bizarreries évidentes que les personnages constatent sans vraiment s’y attarder, comme si c’était normal. Et étrangement, ça passe. Ça rend l’ensemble fluide, presque naturel dans son absurdité.
Ce mélange-là, entre écriture théâtrale et mise en scène maîtrisée, donne au film une identité assez singulière. Ce n’est pas révolutionnaire, mais c’est suffisamment bien exécuté pour maintenir l’intérêt du début à la fin. Et c’est probablement là que réside sa vraie force.
Je comprends sans difficulté pourquoi le film a marqué son année de sortie. Il a quelque chose d’immédiatement accessible, une proposition claire, bien exécutée, avec un vrai sens du rythme et de la mise en scène. Les acteurs sont justes, les situations fonctionnent, et certaines idées apportent une touche de fraîcheur.
Mais à titre personnel, ça ne va pas beaucoup plus loin. Parce que malgré toutes ces qualités, cette sensation de déjà-vu ne disparaît jamais vraiment. Le film est tellement cousu de fil blanc qu’il devient difficile d’ignorer son squelette. On voit les rouages, les intentions, les étapes à venir. Et parfois, ça provoque même quelques soupirs, comme si l’on anticipait déjà ce qui allait arriver.
Reste que tout n’a pas besoin d’être révolutionnaire pour fonctionner. Ici, on est face à un divertissement solide, porté par une vraie qualité d’écriture et de réalisation. Et même si l’ensemble manque d’audace dans sa structure, il y a suffisamment de maîtrise et de sincérité pour donner envie de s’y intéresser. Ce n’est peut-être pas un film qui marque durablement, mais c’est clairement un film qui mérite d’être vu.
