Vivarium démarre comme un cauchemar délicieusement familier. Celui d’une banlieue parfaite, trop parfaite, figée dans une boucle sans fin. Les maisons sont toutes identiques, les rues s’étirent vers nulle part, le ciel a la fadeur d’un décor peint, aux nuages copiés collés… J’ai toujours eu une fascination pour ce genre d’espaces liminaux, ces lieux où tout ressemble à la réalité mais où rien n’y vit vraiment. C’est d’ailleurs en lisant un livre sur ce thème que j’ai entendu parlé de ce film et que j’ai aussitôt entrepris de me procurer. Là-dessus, le film a réussi à me séduire. L’ambiance est forte, saturée, anxiogène, presque hypnotique. On sent que le décor lui-même est le piège, un vivarium grandeur nature, et c’est exactement le genre d’imaginaire new weird dans lequel j’aime cauchemarder! J’ai aussi trouvé que les acteurs tenaient la route. Imogen Poots, surtout, parvient à donner de l’épaisseur, voir de l’humanité, à une situation volontairement absurde et glaciale. Jesse Eisenberg, même si certains l’ont trouvé en retrait, incarne comme il peu ce lent épuisement, cette rage qui se mue en automatisme. Rien d’exceptionnel là dedans mais étant un gros consommateur de film d’horreur, je fais toujours en sorte de mettre de côté les mauvais jeux d’acteurs et ici, on est quand même sur de bons efforts appréciables. Mais très vite, l’expérience s’étire… Et le vide n’amuse plus, il devient un véritable point faible pour le film. Ce qui, au départ, aurait pu faire un court-métrage brillant, se dilue dans un long-métrage qui tourne en rond. La séquence interminable de la fosse qu’il creuse encore et encore en est le parfait exemple… On a compris le symbole, mais le film insiste, s’alourdit, et le malaise devient lassitude. L’horreur reste en suspension, comme bridée. On ne bascule jamais vraiment dans la cruauté viscérale qu’une telle situation pourrait provoquer. On reste spectateur d’un dispositif, sans jamais être happé par un vrai vertige. C’est frustrant, parce que l’idée est belle. Le film convoque la métaphore du coucou, cet oiseau qui parasite les nids d’autrui, pour parler de conditionnement, de parentalité forcée, d’une existence toute tracée qui n’appartient pas vraiment à ceux qui la vivent. Mais les symboles ne suffisent pas, l’écriture des personnages est trop pauvre, leurs réactions trop peu creusées pour qu’on s’attache ou qu’on souffre avec eux. Rendant le film froid, confus, inutilement cruel et j’avoue que je comprends ces réactions. On sort du film avec plus de questions que de frissons, avec l’impression d’avoir assisté à une idée plutôt qu’à une véritable histoire. Alors oui, j’ai aimé l’ambiance, le ton new weird, la beauté glacée des décors, et cette impression d’être enfermé dans un monde qui s’auto-dévore. Mais j’ai décroché à cause d’une mise en scène qui ne se risque jamais vraiment, d’un rythme qui s’enlise, et d’une horreur toujours en retrait. Vivarium restera pour moi une curiosité intéressante, mais avortée. Un film qui m’a fait rêver à ce qu’il aurait pu être, mais que je range, finalement, dans la catégorie la plus moyenne qui soit.
Vivarium
