Célébration et appel du folklore
Après avoir vu les trois épisodes, j’ai eu cette envie irrationnelle de foncer sur tous les films cités, comme si ce documentaire m’avait rouvert les yeux sur tout un pan du cinéma que je n’avais fait qu’effleurer. Woodlands Dark and Days Bewitched parle du cinéma d’horreur avec une efficacité rare, une passion contagieuse et une érudition qui n’écrase jamais le spectateur.
J’ai rarement vu un documentaire aussi habité!
En premier lieu, on a cette manière de faire ressentir le folk horror avant même de l’expliquer. Par la musique, les collages visuels, la texture même du montage, on entre dans une atmosphère à la fois érudite et envoûtante. Les images d’archives, les interviews, les extraits de films oubliés et ces petites animations presque artisanales forment un tout d’une richesse folle. On y découvre le folklore britannique des années 70, mais aussi ses prolongements dans le monde entier, du Japon aux États-Unis, du Mexique à la Scandinavie.
Et ce qui aurait pu n’être qu’un catalogue de références devient une exploration des peurs collectives, des paysages hantés, des blessures historiques et des mythes refoulés.
Moi qui me perdais souvent sur Shadowz entre deux films moyens ou mal fichus, ce documentaire m’a rappelé pourquoi j’aimais tant ce genre. Il m’a donné envie de replonger dans ces œuvres que j’avais toujours trouvées trop lentes, trop bizarres, trop “autres”. Ici, chaque extrait retrouve son contexte, chaque film devient une pièce d’un grand puzzle ésotérique. On comprend enfin pourquoi cette esthétique du fantastique des années 70 fascine autant, parce qu’elle parle de la terre, de la mémoire, de la peur du collectif, de la rupture entre l’homme et son environnement.
On nous parle d’un passé inconnu, de structure a découvrir et de sociétés secrètes… Comment voulez vous rester de marbre dans cette liste fascinante qui fait décoller l’imaginaire!?
Alors oui, c’est long. Trois heures, denses, parfois exigeantes.
Certains diront que ça manque de structure, que ça digresse, qu’on s’y perd un peu. d’autre pourraient dire qu’on est juste face à une watchlist commenté et je ne suis d’accord ni avec l’un ni avec l’autre, car il y a beaucoup plus de soin que ça mis dans le projet.
Cette profusion fait aussi partie de son charme, on est pris dans une forêt d’images et de voix, où tout se répond, se croise, s’enchevêtre. On en ressort peut-être fatigué, mais nourri, éveillé, comme après une nuit blanche passée à parler cinéma avec des passionnés. Je l’ai regardé en deux fois et franchement ça valait le coup, j’ose même dire que je pourrais y replonger avec plaisir dans quelques années.
C’est probablement trop pointu pour le grand public. Mais pour les amoureux du cinéma, des marges, de l’horreur poétique et des mythes enfouis, c’est du pain béni. Woodlands Dark and Days Bewitched n’est pas seulement un documentaire, c’est une véritable célébration du cinéma, de sa mémoire et de ses fantômes.
Je pense me laisser découvrir ce cinéma, au fil de l’eau et j’aurais toujours en tête ce superbe documentaire et son interprétation. Il a rajouté une ganache savante, à cette tarte de peur que je pourrais retrouver aux grés de mes séances.
