Battle Royale

Parmi les personnes dont je suis les avis, il y’a: – Les fans du manga, mais pas du film – Les fans du film, mais pas du manga – Les fans de la licence Puis il y a moi… Qui avait reconnu certaines qualités de ces œuvres à l’époque et qui pourtant n’a jamais pu apprécier l’entièreté de cette licence. J’insiste sur le fait que j’y reconnais beaucoup de qualité… Car il a carrément créer un genre narratif, le genre battle royale, qu’on utilise même aujourd’hui dans le monde du jeu vidéo. Alors étant attaché aux concepts « simples et efficaces » je me devais d’y jeter à nouveau un coup d’oeil pour voir ce que m’a vision d’aujourd’hui pouvait bien y trouver. Battle Royale, c’est une œuvre qui, comme son titre, frappe fort. C’est aussi ça qui lui donne sa place si particulière dans le paysage du manga. Je l’ai lu avec un mélange constant de fascination et de recul, souvent absorbé par ce que l’auteur essaie de faire, mais régulièrement heurté par ce qu’il décide de montrer. Déjà, il faut saluer l’intention, adapter un roman aussi brutal et politique en manga, c’était pas une mince affaire. Je n’ai pas lu le roman en question, mais semble-t-il que le choix qu’a fait cette adaptation, c’est celui de l’excès. Tout est plus grand, plus intense, plus sanglant, plus cru. À tel point qu’on a parfois l’impression que le récit s’étale avec un certain plaisir malsain, une envie de choquer ou d’éprouver le lecteur plus que de le faire réfléchir. La violence est frontale, mais elle perd parfois sa force parce qu’elle est omniprésente. Idem pour l’érotisme, qui n’a pas toujours grand-chose à faire là. On passe de réflexions sur la mort et l’amitié à une énième culotte dessinée avec soin… et ça casse pas mal de choses. Pourtant, le manga a de vraies qualités. C’est dense. Il prend le temps que le film ne pouvait pas se permettre. Il donne un peu de place à chacun, même les personnages secondaires les plus paumés ont droit à leur petit morceau de lumière. Certains flashbacks fonctionnent très bien, d’autres sont lourds, mais on ne peut pas nier l’ambition. En revanche, plus les tomes avancent, plus ça part en vrille. Le réalisme déjà bancal du départ finit par exploser. Les poursuites en bagnole, les mecs qui encaissent 16 balles dans le buffet sans broncher, les combats absurdes… ça vire au grand n’importe quoi, comme si le manga avait oublié ce qu’il voulait nous dire au début pour aller chercher un climax épique qui tombe à plat. Kiriyama, par exemple, c’est une blague. Littéralement un Terminator japonais, hors de propos et complètement déconnecté de l’enjeu humain. Et Shuya… ah, Shuya. Héros mollasson qui passe son temps à fuir ou à être sauvé. C’est censé être lui, le cœur du truc ? Ça laisse perplexe. Il faut aussi souligner un point qui m’a longtemps intrigué : cette volonté de tout raconter. Chaque personnage, même le plus anecdotique, a droit à son flashback, son instant de vérité, sa petite tragédie personnelle. Si sur le papier c’est une bonne idée, dans les faits, ça donne surtout un rythme en dents de scie. On passe de la tension d’un affrontement brutal à un souvenir d’enfance illustré façon drama romantique, sans que ça ne colle vraiment. C’est généreux, ça c’est sûr, mais pas toujours bien amené. Reste l’ambiance. Oppressante, claustrophobe, dérangeante. Là-dessus, le manga ne triche pas. Il réussit à créer ce climat de peur permanente, de paranoïa, de tension entre les élèves, entre ceux qui s’aiment et doivent se trahir, ceux qui se détestent mais finissent côte à côte. Et c’est sûrement ce que j’en retiens de mieux. Ce moment suspendu, où un simple regard ou une hésitation peut être fatal. C’est dans ces scènes-là que le manga m’a vraiment tenu. Il y a aussi un truc étrange dans la construction du récit… On sent qu’il y a une envie de rééquilibrer la narration entre action et réflexion, mais ça ne prend jamais totalement. À vouloir alterner les deux sans vraiment faire monter la tension, on finit par perdre l’intensité. Et pire, certains moments censés être marquants deviennent anecdotiques tant on est déjà passé par d’autres tragédies similaires juste avant. Ça rend l’œuvre paradoxalement monotone dans sa violence, ce qui est un comble, car bien trop grotesque à la longue. Pardon d’insister dessus mais… Le manga essaie parfois d’instiller une critique politique, mais celle-ci reste en toile de fond. On comprend que l’État veut contrôler sa jeunesse, qu’on nous parle de manipulation, de surveillance, d’oppression… Mais tout ça est noyé sous l’excès. Il y avait matière à frapper fort, autrement que par le gore ou l’érotisme. Mais le fond est étouffé par la forme. La qualité du dessin mérite qu’on s’y attarde, car elle semble vouloir imposer un style assez novateur et lorgnant avec efficacité dans le réalisme et parfois même un ton curieusement cartoonesque?… Notons une mairtise du contraste visuel, avec cette opposition entre visages candides et de l’extrêmes violence. Cependant, le style reste inégal, de par un départ trop clivant avec ces choix caricaturaux sur les visages et certains charadesign. Je comprend les personnes jugerons les visages « laids », mais si mon avis serait plus nuancés. Je pense que c’est surtout un super style, très soigné, qui se cherche encore un peu trop. Mais au final, Battle Royale, me laisse un goût étrange. Celui d’une œuvre qui veut parler de l’horreur d’un système répressif, de la jeunesse écrasée, du désespoir… mais qui le fait parfois avec tellement de surenchère, de sang, de sexe inutile, qu’elle finit par se trahir elle-même. En fait, c’est un manga qui m’a donné envie de le défendre… tout en m’empêchant de le faire jusqu’au bout. Parce qu’il y a vraiment des intentions derrière. Parce qu’il y a des fulgurances. Parce que certains moments, oui, fonctionnent. Mais tout ce qui aurait pu donner du sens profond au récit se retrouve parasité par une mise en scène qui, souvent, veut juste nous coller une claque pour nous réveiller. Sauf qu’à la troisième claques j’ai fini par m’endormir et ne plus noter les suivantes… Une adaptation qui aurait pu être magistrale, mais qui préfère parfois le choc à la justesse. J’ose même avouer, que quand je pense aux caricatures grotesques de mangas qui veulent en faire trop au détriment de ce qu’ils cherchent à raconter, Battle Royale m’apparait tout naturellement. Alors un manga marquant, oui, mais pas forcément pour les bonnes raisons.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *