Un immeuble entier, muré du jour au lendemain par une matière noire impénétrable, des habitants pris au piège, livrés à eux-mêmes dans une tension psychologique croissante… La promesse d’un huis clos étouffant, entre dystopie sociale et thriller paranoïaque, un peu à la croisée de Cube, The Platform ou même Buried dans l’approche sensorielle du confinement. Je naviguais sur Netflix, sans trop savoir quoi faire et je me suis jeter sur ce concept! Parce qu’il y a une certaine efficacité dans la première moitié. Le décor est crédible, le sens de l’espace est bien géré, les effets lumineux rendent l’ambiance lourde sans en faire trop, et l’idée du mur noir… Cette frontière absurde, surnaturelle, immobile, impose une présence. C’est une très bonne idée de cinéma, on ne sait pas d’où il vient, ni pourquoi il est là, mais il suscite un vrai inconfort. ça fonctionne bien dans les premiers instants. La mise en scène a cette pudeur intéressante, sans trop de musique surlignée, laissant le spectateur s’enfoncer doucement dans la claustrophobie. Le duo central tient aussi la route. On y croit, à leur angoisse, à leur lien qui évolue, à leurs tensions. Ils jouent juste, sans surjeu, et arrivent à transmettre une palette d’émotions assez large. Il y a des moments de panique retenue, d’abattement muet, ou de tentative de rationalisation qui sonnent très justes. C’est probablement ce que j’ai le plus apprécié dans le film, cette capacité à ne pas tout verbaliser, à montrer que la peur d’un enfermement durable est autant physique que psychologique. Mais très vite, tout ce qui semblait prometteur s’effrite. Le problème, c’est que Brick ne fait rien de son concept. Ou si peu. On reste enfermés, d’accord. Mais enfermés avec des personnages secondaires plus plats qu’une porte d’ascenseur! Entre le parano cliché qui pense que tout est un complot gouvernemental, deux junkies très amoureux, ou le vieux touchant, avec ça petite fille random… j’ai eu l’impression de revoir les mêmes figures mille fois recyclées, sans la moindre nuance ni surprise. ça ne pardonne pas, surtout dans un huis clos, quand le décor ne bouge pas, ce sont les relations humaines qui doivent tout porter. Et ici, elles peinent à exister autrement que dans des affrontements mécaniques. Le rythme, lui, s’effondre en deuxième moitié. On reste dans une boucle molle de dialogues explicatifs, d’aller-retours sans enjeu, et de petits soubresauts de tension qui n’aboutissent à rien. Le suspense retombe faute d’une vraie progression dramatique. Il y avait matière à créer une évolution, une organisation des survivants, des tensions sociales qui dégénèrent, une tentative de briser le mur par des moyens absurdes ou poétiques, mais rien de tout ça n’arrive. Le film n’explore aucun des possibles. Il se contente de broder autour de son décor. Les dialogues n’aident pas. Phrases toutes faites, tentatives de philosophie de comptoir qui tombent à plat, personnages qui s’autorisent des monologues grandiloquents alors qu’ils ont été enfermés depuis trois jours… il y a une fausse profondeur dans l’écriture, un vernis un peu pompeux sur des idées qui, au fond, ne sont jamais vraiment creusées. On tente d’utiliser les personnage secondaire pour être des miroirs des deux personnages principaux et c’est tellement pas subtile que ça m’a sortie du film plus d’une fois. Puis… à la limite je ne vais pas trop en vouloir au film, j’ai pu avoir une attente un peu trop forte… Le mur noir, pourtant fascinant visuellement, reste une métaphore paresseuse. On comprend bien qu’il est censé parler de contrôle, d’aliénation, d’impuissance face à une force supérieure… Mais rien n’est assumé, rien n’est poussé. Ce n’est ni une critique sociale claire, ni une allégorie onirique. C’est juste un mur. Et quand vient enfin la fin, censée choquer ou interpeller… elle laisse un goût amer. Pas parce qu’elle est audacieuse, mais parce qu’elle est bâclée. On sent une volonté de proposer un « twist », un retournement symbolique ou une révélation majeure, mais tout est trop vite expédié, trop flou ou trop convenu pour que l’émotion fonctionne. Brick commence avec une idée forte, une mise en scène soignée, et quelques instants d’angoisse bien amenés. Mais l’ensemble se heurte à des personnages trop archétypaux, un récit qui s’étiole, des dialogues maladroits, et surtout une symbolique à peine esquissée. C’est un de ces films frustrants, où l’on sent le potentiel, l’envie, le point de départ… mais où rien ne se transforme réellement. Dans un huis clos, rester immobile c’est souvent la pire des décisions.
Brick
