La déchéance
J’étais partagé entre la peur d’être déçu et l’envie d’en voir plus.
Le premier Contracted m’avait laissé un drôle de goût en bouche… Un film maladroit, mal écrit, parfois insultant dans ses dialogues, mais avec quelque chose de viscéral, passé la moitié, car il a essayé de raconter quelque chose. Presque fascinant dans sa manière de faire se rencontrer la chair, la honte et le désir. J’y voyais une vraie idée, un écho troublant entre la décomposition du corps et la peur d’aimer. Alors forcément, quand j’ai su qu’il existait une suite, je me suis laissé tenter. J’espérais retrouver un peu de ce malaise poisseux, de cette horreur intime qui donnait, malgré tout, une personnalité au premier.
Mais cette suite commence déjà du mauvais pied.
On repart directement après les événements du premier film, sauf que cette fois, on suit un personnage secondaire dont je ne me souvenais à peine de l’existence. (Je venais pourtant de revoir le film la veille.) Impossible de le situer, impossible de le caractériser. Il n’était déjà qu’un figurant dans l’histoire précédente, et il devient ici le héros. Une coquille vide, un personnage fonction. C’est un choix curieux, presque absurde. Comment espérer qu’un film comme celui-là nous accroche avec un protagoniste aussi effacé ?
Et ça démarre… lentement.
Très lentement. Comme le premier, sauf que cette fois, il n’y a plus de mise en contexte, plus d’ambiance, plus rien. Le film met trente bonnes minutes à nous faire comprendre que ce type essaie juste de survivre à son infection. Entre-temps, on subit les dialogues les plus plats et déconnectés qu’on puisse imaginer. J’ai encore en tête cette scène d’enterrement, où deux personnages random sortent un échange lunaire :
— « C’est moche ce qui arrive. »
— « Ouais, j’veux dire, elle était cool. »
Fin du plan et on passe à la suite…
À ce niveau, ce n’est même plus de la maladresse, c’est un naufrage d’écriture.
Le seul moment qui m’a un peu décroché un sourire, c’est la relation entre le héros et sa grand-mère. Une petite bulle de tendresse inattendue dans tout ce vide. Elle est touchante, sincère, humaine, bourru et du coup, elle souligne encore plus cruellement à quel point tout le reste du film en manque.
Puis vient le grand revirement, avec le “méchant” du premier film, qu’on croyait simple violeur en série, se révèle être une sorte d’adepte d’apocalypse, cherchant à zombifier le monde. Un virage scénaristique aussi brutal qu’invraisemblable, qui efface toute la portée intime et métaphorique de l’œuvre originale. On passe d’une histoire de honte et de chair à un pseudo-thriller viral sans âme.
Et c’est bien là tout le problème Contracted 2 perd tout ce qui faisait, malgré ses défauts, la singularité du premier.
Le body horror est plus visible, mais moins senti. Le film cherche à expliquer, à construire un “univers”, à poser les bases d’une contagion globale, et dans ce geste, il perd tout mystère. Il n’y a plus de malaise, plus de sous-texte, plus de peur intime. Juste une succession de scènes mécaniques, filmées sans tension, avec des acteurs qui semblent réciter un manuel d’infection zombie.
C’est triste de se forcer à expliquer un truc dont on se fou… Alors qu’il aurait fallu pousser le concept du premier plus loin.
La vrai maladie, c’est de vouloir mettre une origine à l’horreur, jusqu’à en effacer le peut de poésie que ça pouvait avoir.
Le plus triste, c’est que ça aurait pu fonctionner. L’idée d’un virus qui se propage, d’un héros conscient de sa propre transformation, d’un monde qui glisse vers le chaos… tout ça avait du potentiel. Mais il n’en reste rien.
La mise en scène est terne, la photographie sans identité, le rythme bancal. On sent la volonté de faire “plus grand”, “plus ambitieux”, mais ça se traduit par “plus creux”.
Alors oui, il reste quelques effets pratiques réussis des textures, des plaies, des gestes de soin filmés avec une certaine tension, mais c’est bien maigre.
Le reste est d’une fadeur désolante.
En fin de compte, Contracted 2 est une suite qui n’avait pas lieu d’être.
Elle trahit ce qui rendait le premier intéressant en essayant de le rendre plus spectaculaire.
C’est une continuation sans âme, une explication qu’on n’a jamais demandée, un film qui étire un concept déjà bouclé.
Après le malaise du premier, il me reste ici l’ennui. Et même la frustration d’imaginer ce qu’un réalisateur plus inspiré aurait pu en faire.
Je ne regrette pas de l’avoir vu, par curiosité, mais tout ce qu’il m’a confirmé, c’est que le virus de Contracted aurait dû mourir avec sa première victime.
