Sauvé sur le gong
Je crois que je n’avais pas connu de démarrage aussi laborieux depuis longtemps.
Contracted prend un temps fou à installer quelque chose, pour finalement raconter bien peu. Franchement, trente minutes à présenter une jeune femme homosexuelle en difficulté avec sa compagne et sa famille, pour finir par la voir tromper sa petite amie avec un homme qui, visiblement, l’a droguée et contaminée, c’est long. Très long, puisque étant un tier du film… D’autant plus que tout ça baigne dans des dialogues ultra-caricaturaux, parfois même insultants pour certaines communautés, et des réactions improbables qui donnent l’impression que personne ne vit dans le même monde que nous.
J’ai dû m’accrocher, parce qu’au départ, c’est franchement catastrophique.
Et pourtant, au fil du film, quelque chose s’installe. J’ai commencé à y croire!
L’idée qu’un film d’horreur puisse explorer la dégradation d’un corps à travers la honte, le rejet et le déni, ça me parle. Derrière les maladresses, on sent un vrai désir de raconter autre chose qu’une simple infection ou une zombification. Il y a cette urgence qui entoure le personnage, cette tension presque intime dans la manière dont son corps se désagrège, et surtout ce lien étonnant entre l’horreur et le thème des relations. Au-delà de la chair en putréfaction, Contracted parle de la peur d’être vu, de ne pas être désiré, ou de l’être pour les mauvaises raisons.
De l’obsession d’aimer et d’être choisi… Certes, c’est souvent con au début, mais le thème en arrière plan m’a curieusement bien attendri!
C’est un body horror très soft, mais plutôt bien exécuté dans sa manière de montrer la transformation. Il y a un vrai malaise organique, une horreur sensorielle, plus axée sur la texture, le son, les gestes, que sur le gore pur. Ce n’est pas un film qui fait peur, c’est un film qui va un peu déranger dans ces trois scènes de violences, assez courtes. Et à ce niveau-là, il réussit plutôt bien. Najarra Townsend est plutôt investie dans son rôle, elle tente, avec le peu de talent naissant qu’elle semble avoir, de donner une humanité fragile à un personnage que l’écriture rend souvent antipathique.
Elle parvient à traduire la douleur et la honte avec un naturel que le scénario ne mérite pas toujours, entre coupé d’incertitude niaise dans son jeu, mais elle n’est pas dénué de quelques fulgurances.
Mais difficile de ne pas voir les limites…
La mise en scène est inégale, le rythme mal géré, et les personnages secondaires sont souvent stupides au point d’en casser toute tension. Le film frôle constamment des thématiques passionnantes, comme le déni, la peur de la contamination, la solitude, la perte du contrôle… Sans jamais oser les développer. On sent le potentiel, mais il reste coincé dans une narration un peu plate.
Dommage, car on sent bien qu’il y a une ligne directrice et un sous texte, ce qui n’est pas à la porté du premier venu!
Et pourtant, malgré ses débuts catastrophiques, mon intérêt n’a fait qu’augmenter. Pas au point de le trouver bon, mais assez pour me donner envie de voir sa suite. Contracted reste une curiosité, une tentative maladroite mais sincère de mêler horreur corporelle et drame intime. Ce n’est pas un grand film, mais c’est un film qui reste et sous sa laideur, il dit peut-être plus de choses qu’il n’en a l’air.
