La Légende Final Fantasy XII & Ivalice

Erudition d’Ivalice

Dans toute la longue histoire de Final Fantasy, il y a toujours eu un épisode qui m’a particulièrement intrigué. Sans trop de surprise, c’est le douzième. Un jeu dont la réputation a toujours été un peu étrange, un peu à part dans la série, parfois adoré, parfois critiqué, mais toujours entouré d’un certain mystère. Alors forcément, quand je me plonge dans un livre qui promet d’analyser une œuvre, j’en attends beaucoup. Pas seulement un survol nostalgique ou quelques anecdotes de développement, mais un vrai travail d’exploration. Quelque chose qui va essayer de fouiller chaque recoin de l’univers. Sur ce point-là, je dois reconnaître que La légende de Final Fantasy XII, de chez les vaillants de Third Editions, remplit parfaitement le contrat.

Dès le départ, le livre annonce la couleur.

La préface rappelle que Final Fantasy XII est sans doute l’un des épisodes les plus compliqués à avoir vu le jour. Un développement marathon, une production qui s’étire, et au milieu de tout ça Yasumi Matsuno, principal architecte du projet, dont la santé finira par céder sous la pression. Ce simple rappel suffit déjà à replacer le jeu dans un contexte particulier, presque chaotique, et c’est exactement le ton que va adopter le livre pendant plusieurs centaines de pages. Celui d’un travail qui va tenter de remettre de l’ordre dans un projet qui, lui-même, ne l’a jamais vraiment été.

Avant même de rentrer dans le cœur du jeu, l’ouvrage prend le temps d’installer tout le décor. C’est là que commence ce qui m’a probablement le plus impressionné. Le livre propose un véritable prologue consacré à l’univers d’Ivalice. On ne parle pas seulement de Final Fantasy XII mais de tout ce qui gravite autour. Les spin-off, les Tactics, les extensions de cet univers. Tout ce qui permet de comprendre comment cet immense monde s’est construit au fil des années. À un moment donné, je me suis même surpris à me dire que ce livre fonctionnait presque comme une sorte de manuel de référence. Un ouvrage vers lequel on pourrait revenir dès qu’on a envie de replonger dans un jeu se déroulant dans Ivalice. Le travail d’architecture est assez impressionnant. L’auteur va piocher dans Final Fantasy XII, Revenant Wings, les Tactics et d’autres éléments de la saga pour reconstruire un panorama complet de cet univers.

Mais c’est aussi à ce moment-là que surgit le premier vrai problème.

Et paradoxalement, ce n’est pas vraiment un problème du livre. C’est un problème de l’œuvre de base. L’histoire de Final Fantasy XII est objectivement assez chaotique. Un récit politique très dense, parfois confus, et qui, pour être honnête, ne m’a jamais semblé particulièrement passionnant. Et c’est là que l’on réalise le travail presque ingrat que l’auteur a dû accomplir. Sur plusieurs chapitres, il va essayer de démêler ce gigantesque nœud narratif. Il décrit chaque événement avec minutie, il recontextualise tout ce qui se passe, il prend le temps de remettre les pièces du puzzle dans l’ordre. Parfois, cela donne l’impression de lire une chronologie extrêmement détaillée d’un récit qui, lui, reste malgré tout un peu bancal. Mais je dois saluer l’effort. Parce que même si l’histoire du jeu ne me passionne pas énormément, je ne connais tout simplement aucun autre document qui l’explique avec autant de précision. Alors un grand merci à l’auteur pour avoir fourni une étude aussi complète!

C’est d’autant plus frustrant que Final Fantasy XII avait clairement matière à raconter quelque chose de très fort. Les thématiques politiques et sociales sont là. On sent qu’il y avait de quoi proposer un récit assez mature pour la série. Mais l’ensemble reste souvent trop brouillon pour que ces idées prennent réellement toute leur ampleur. C’est un peu le paradoxe du jeu, et le livre le montre très bien.

Là où l’ouvrage devient vraiment passionnant, c’est lorsqu’il se met à décortiquer la création du jeu. Les difficultés de développement, les choix de design, les décisions de production qui ont forcément influencé le résultat final. On découvre les coulisses du projet, les différentes versions du jeu, les évolutions apportées au fil du temps, les réactions des joueurs. C’est un travail d’analyse extrêmement minutieux. Très précis et surtout très honnête. On sent que l’auteur n’est pas là pour simplement célébrer le jeu mais pour comprendre ce qui s’est réellement passé.

à titre personnel, c’est exactement ce que j’attends d’un livre comme celui-ci.

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que je lis un ouvrage de Third Editions. Mais Rémi Lopez fait clairement partie de leurs auteurs les plus solides. Il a cette capacité à aller très loin dans l’analyse sans jamais perdre complètement le lecteur dans une masse d’informations inutiles. On sent une vraie rigueur dans la manière dont il structure son propos.

Ce qui est assez amusant, c’est que j’ai lu ce livre assez lentement. Je l’ai entamé en parallèle d’autres lectures, ce qui fait que je l’ai terminé sur une longue période. Et à chaque fois que je revenais dedans, il y avait toujours quelque chose de nouveau à découvrir. Après l’histoire du développement, après l’histoire du jeu lui-même, viennent les analyses des personnages, puis les différentes dimensions du monde d’Ivalice. à chaque fois, le style d’écriture reste étonnamment fluide. Passionné, mais accessible.

C’est un équilibre assez difficile à trouver dans ce genre d’ouvrage!

Même quelqu’un qui n’a fait que picorer quelques Final Fantasy peut suivre sans trop de difficulté.

Puis il y a les petits bonus qui font toujours plaisir. L’interview du compositeur Hitoshi Sakimoto, par exemple. Ou encore toute l’analyse des mythologies et des symboliques qui traversent le jeu. Ce sont des ajouts qui enrichissent énormément la lecture et qui donnent vraiment l’impression d’avoir un ouvrage qui essaie d’aller au bout de son sujet.

Alors évidemment, le livre n’échappe pas à certaines critiques. Il est dense. C’est un pavé rempli d’informations. On peut parfois avoir l’impression que certaines idées reviennent d’un chapitre à l’autre, même si, pour moi, cela reste souvent limité aux introductions de sous-chapitres. Puis j’ai pu lire certaines critiques disant que le livre était trop analytique. Une remarque qui m’a laissé assez perplexe. Parce que si l’on achète un ouvrage d’analyse sur un jeu vidéo, je ne vois pas vraiment ce que l’on peut attendre d’autre…

Au final, je dois dire que cette lecture m’a embarqué. Parmi tous les livres que j’ai pu lire chez Third Editions, celui-ci est probablement le plus complet, le plus passionné et aussi le plus passionnant. Et pourtant l’éditeur n’est clairement pas avare en ouvrages de qualité. Mais je ne m’attendais pas à trouver une analyse aussi profonde d’un épisode aussi particulier de la saga.

C’est d’autant plus frappant que j’avais également lu leur livre consacré à Final Fantasy IX. Et malgré tout l’amour que je peux avoir pour cet épisode, je dois reconnaître que je n’avais pas été aussi convaincu par cette analyse-là.

Comme quoi, parfois, même un jeu imparfait peut donner naissance à un livre absolument passionnant.

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