Je suis sorti de mon visionnage avec cette drôle d’impression d’avoir vraiment aimé… et d’avoir quand même un peu peiné. Les dessins m’ont parlé tout de suite, ce trait qui respire, ces matières qu’on devine au bout du crayon, une façon de laisser le papier grésiller sous la lumière. Le thème aussi me cueille, l’humanité mise à nu face à la barbarie, la petite braise qu’on protège dans la nuit, je suis preneur de ce registre-là, surtout quand on le traite sans emphase. Par moments, le film me prend à la gorge. Il y a des fulgurances, comme cette scène légendaire, du père qui croise son reflet dans la glace, à la fin du film, m’a bouleversé. Mise en scène impeccable, geste simple, image-miroir qui récapitule tout dialogue. C’est le genre d’instant qui te fait oublier que tu es devant un film et rien que pour ça, il mérite qu’on ne l’oublie pas. Mais entre ces hauteurs, j’ai senti le sable. Avec ces une heure vingt qui m’ont semblé en faire trois… Pas parce que le film serait hermétique, ou confus, ou prétentieux, non. Plutôt parce que la narration s’étire, s’attarde, ressasse. On comprend vite ce que le film veut dire, on en accepte l’épur, et puis on se retrouve à piétiner. Certains plans restent une minute là où trente secondes suffiraient, certaines idées reviennent comme pour s’assurer qu’on a bien compris. Oui, on a compris. À force d’insister, l’émotion se dilue. Le minimalisme n’est pas le problème, ici, c’est la gestion du temps le vrai soucis. Un conte peut être lent sans être pesant. Ici, la lenteur devient poids. Je n’ai rien contre les respirations longues, au contraire, c’est parfois le seul moyen de laisser monter une vérité. Mais il faut que quelque chose travaille en dessous, une progression ou un détail qui se dévoile. Là, trop souvent, le film pose de très belles images comme des tableaux et oublie un peu de les relier. On admire la toile, on apprécie le silence, puis on attend la prochaine toile. Au bout d’un moment, l’œil reste satisfait mais l’esprit décroche. Belle vitrine, étagères clairsemées. C’est frustrant, parce que quand la mise en scène décide de raconter avec précision, elle sait faire. La preuve avec la scène que j’ai évoqué un peu plus haut. En une minute, tout se resserre la faute, la tendresse, la peur et la possibilité du pardon. Pas besoin d’aller chercher les grands moyens, quelques plans, une idée, un raccord intérieur et tu prends tout dans la poitrine. Pourquoi ce nerf-là n’irrigue pas davantage le reste ? J’aurais adoré que le film épouse plus souvent ce geste. Les dessins, eux, restent un vrai point d’ancrage. On sent la main, on sent la neige, on sent la forête. C’est peut-être pour ça que je ne décroche jamais vraiment, même quand je regarde l’horloge mentale. Le thème aussi, je le disais, me parle, ce n’est pas de la bonne conscience emballée en beau papier, c’est plus sec, plus juste et surtout à taille humaine! La vision qui n’est pas au cœur de la guerre m’a semblé très pertinente. Et par instants, le film trouve la note exacte, celle qui ne force pas la larme mais qui ouvre le thorax. Dommage que ces notes soient séparées par des silences trop prolongés. On me dira que c’est le prix de la pudeur, de la délicatesse, du refus d’expliquer. Je veux bien. Mais la délicatesse n’interdit pas la coupe… On peut garder le tact et enlever deux, trois redites… On peut respecter le silence et ajuster le tempo. D’ailleurs, je suis persuadé que le même film, resserré de dix, quinze minutes, gagnerait en puissance sans rien trahir de son intention. Il y a là une matière noble, mais qui aurait peut être eu plus ça place sur un court ou moyen métrage, car il ne raconte peut être pas assez pour marqué et resté en mémoire. Je n’ai pas envie de le charger plus que ça, parce qu’il y a vraiment de beaux moments et que je préfère garder trace de ces fulgurances plutôt que de l’ennui intermittent. La vérité, c’est que je suis content de l’avoir vu, que certaines images vont me rester et que j’ai senti, par endroits, ce frisson rare quand le cinéma touche juste. Mais je suis aussi lucide, pour trop peu de choses racontées, le temps s’est allongé au-delà du raisonnable, et l’émotion a faibli là où elle aurait pu s’installer.
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