Découvert hier soir et j’avoue avoir encore le cœur marqué par cette expérience… Dès l’ouverture, le film te cueille autrement qu’à l’accoutumé… Plus sombre, plus frontal, presque brutal par moments. On n’est plus dans l’insouciance bariolée du 1, ni dans l’exubérance parfois clignotante du 2. Ici, tout tourne autour d’une blessure, d’une origine qu’on n’aurait jamais voulu connaître avec le chouchou tous, le fameux Rocket. C’est précisément parce que James Gunn assume ce virage, avec la cruauté du labo, les corps rafistolés, la tendresse volée, que le film prend un poids inattendu. Les Gardiens n’ont plus seulement une mission, ils ont un ami à sauver. Le moteur émotionnel est simple, mais il est implacable. Sur le papier, l’intrigue reste classique, un grand méchant mégalomane, le Maître de l’Évolution, veut remodeler la vie à l’échelle cosmique. Dans les faits, ça fonctionne parce qu’il n’est pas un énième tyran à rayon bleu dans le ciel. C’est un narcissique cruel, obsédé par l’idée d’un vivant “optimal”, incapable d’aimer ce qu’il crée. L’acteur lui prête une intensité presque théâtrale, ça crie, ça déborde, parfois ça frôle l’excès, mais ça imprime. Les critiques qui le trouvent “monolithique” n’ont pas tort sur le papier, à l’écran, le personnage marche parce que l’antagonisme est intimement lié à Rocket. Je l’ai personnellement adoré! Même quand il peut être un peu trop longtemps sur du surjeu, puisqu’il incarne cette obsession, d’avoir la création parfaite… Tous ça, lié au contre pied, d’un dialogue avec Peter, quand il a besoin de préciser qu’il fait bel et bien ça pour le bien et pour mieux faire que dieu. Le conflit n’est pas “il faut sauver l’univers”, c’est “il faut sauver notre ami des griffes du créateur qui l’a torturé”. Un créateur d’univers parfaits, face à une bande de joyeux personnages bigarrés qui se prennent comme ils sont. L’opposition, m’a semblé très sainte. Elle est téléphoné, mais j’aime beaucoup l’idée et pour une méchant qui viendrait conclure une trilogie, je ne m’attendais pas forcément à mieux. Là où le film gagne haut la main sur les précédents, c’est dans la direction d’acteurs et le dosage du ton. Les blagues existent (on est chez les Gardiens de la galaxie et ça fait toujours mouche chez moi), mais elles cassent beaucoup moins les scènes clés. Drax n’est plus un running gag, c’est un père bourru et assez touchant pour l’équipage. Nebula a enfin de la place pour être autre chose qu’une guerrière crispée. Puis elle a le rôle le plus essentiel, dans un groupe de comique. Celle qui ramène à la réalité froide et qui viendra souligner les blagues de part ces réactions bien plus normale. Mantis cesse d’être l’innocente de service pour s’affirmer. Gamora (version ravageuse) rappelle qu’on ne recolle pas magiquement un passé perdu et Peter, au lieu d’un deuil traité à la va-vite, s’écroule comme un humain et pour part dans une course furieuse pour réparer ça négligence… Vous l’aurez compris… Ce rééquilibrage m’a fait un bien fou! On rit encore, mais le film protège ses moments de grâce. Visuellement, c’est peut-être le plus abouti des trois. Le 2 était psychédélique et parfois kitsch, le 3 garde la couleur mais ajoute de la matière! Chair, métal, bio-tech, pores, cicatrices, on sent presque les textures et je me suis surpris à constaté que j’adore cet univers visuel. L’Orgoscope est une trouvaille de design (corporate organique, open-space en mucus, absurdité RH en combinaison), la Contre-Terre pousse l’idée d’un monde “parfait” qui pourrit déjà, et le couloir de baston façon plan-séquence est un sommet d’action chorégraphiée! Lisible, nerveux, inventif, sans le vernis flottant qui a parfois abîmé d’autres films Marvel. Même les créatures (Lylla, moustaches et sol) hybrides fragiles qu’on aurait pu rater, sont touchantes sans tomber dans le mignon forcé. On est loin du “Marvel tout en CGI sans vie” ce troisième opus me semble faire bien mieux sur tous les points! Musicalement, on retrouve le geste Gunn, pas le jukebox gratuit, mais la chanson comme aiguillon émotionnel. L’ouverture sur une ballade désabusée, l’explosion d’énergie d’un classique du rock pour le couloir et ce final qui choisit la joie franche après la grisaille, c’est du pur langage de mise en scène. Le film sait quand poser sa guitare pour te serrer le cœur, et quand balancer la piste qui te fait dire “OK, grosse bagarre, on y va tous ensemble”. C’est généreux et mon dieu quel spectacle! Reste ce que…. La durée est un vrai problème. Oui, on aurait pu élaguer. Le détour complet sur la Contre-Terre tire un peu en longueur, certaines séquences de sauvetage s’empilent, et l’arc « infiltration – fuite – retour – grand sauvetage » pourrait gagner vingt bonnes minutes sans perdre une miette d’émotion. Le film raconte, au fond, une seule chose… Faire front pour sauver Rocket, puis choisir l’endroit où on appartient vraiment. Tout le reste gravite autour. Donc franchement, malgré le spectacle, ça tire en longueur dès la moitié du film et l’expérience en prend quand même un sacré coup. Mais ce que le film réussit et qui, à mes yeux, justifie à lui seul la trilogie au panthéon Marvel, c’est la sortie de route maîtrisée. Avec le fait d’accepter que chaque Gardien ait une destination différente. Peter ne guérit pas par un baiser magique, il rentre. Gamora n’est pas « réparée », elle continue ailleurs. Mantis part chercher qui elle est et se prouver à elle même qu’elle est forte. Drax éduque et deviendra enfin le père qu’il aurait toujours dû être. Nebula construit un repère pour tous. Rocket sera alors le capitaine, qu’il aurait toujours dû être, en explorant le ciel avec ces amis. Et quand un certain personnage prononce enfin “je vous aime les gars”, tu comprends que ce n’est pas une facilité de script. Simple, efficace et ça m’a quand même toucher. La famille choisie, ce n’est pas qu’un slogan, ici c’est un cap et une très belle conclusion. Bien sûr, tout n’est pas parfait. Adam Warlock arrive comme une bombe puis vacille vers la punchline, l’humour “corpo” de l’Orgoscope en fait un poil trop, la mise à l’écart forcée de certains personnages pour donner de l’espace à d’autres se sent par endroits. Et pourtant, à la fin, ce qui reste, c’est l’émotion tenue et la sensation rare d’une trilogie cohérente où chaque volet a sa couleur. découverte et joyeux bordel euphorique (1) → famille dysfonctionnelle qui se choisit (2) → aurevoir lucides et libérateurs, vers des jours meilleurs (3). Donc oui, trop long, mais mieux partout. Plus beau, plus sincère, plus cruel quand il faut, plus généreux quand ça compte. Et surtout, terminé pas « en attente de la suite », pas « teasing pour Phase je-ne-sais-quoi », non, terminé comme on ferme un album photo en sachant qu’on peut y revenir quand on veut. Pour moi aussi, c’est le top du top de ce que Marvel peut faire quand un auteur tient la barre de bout en bout. Moi qui n’aime pas les productions Marvel, j’ai pris une sacré claque et j’y reviendrai avec un grand plaisir.
Les Gardiens de la galaxie Vol. 3
