J’avais entendu beaucoup de bien de Mademoiselle de Park Chan-wook, et comme souvent avec ses œuvres, je m’attendais à être happé, hypnotisé, bousculé. Ce fut plus nuancé que ça. J’en ressors avec un goût étrange en bouche, mélange de fascination et de légère frustration. Le genre de film que je suis content d’avoir vu, qui m’a marqué sur certains plans, mais qui ne m’a pas totalement conquis non plus. Techniquement, il faut le dire, c’est une claque. Park Chan-wook ne trahit jamais sa réputation sur ce point. Chaque plan est composé comme un tableau, avec cette précision chirurgicale qui rend l’image presque trop parfaite. La mise en scène, les jeux de miroir, les mouvements de caméra élégants, les costumes, les décors… c’est d’une beauté formelle assez folle. On sent la maîtrise totale d’un cinéaste qui connaît son médium sur le bout des doigts et qui aime jouer avec. Et ça, je ne peux que l’admirer, car juste pour cette expérience le film mérite déjà son pesant d’or! Mais là où le bât blesse un peu pour moi, c’est sur la construction narrative et le dosage émotionnel. Je reconnais l’intelligence du scénario, cette structure en trois actes où chaque nouvelle partie recontextualise la précédente. C’est brillant sur le papier, et parfois dans l’exécution. Pourtant, malgré cette virtuosité, j’ai mis beaucoup de temps à m’attacher aux personnages. J’ai été témoin de leur histoire plus que je ne l’ai réellement vécue. Peut-être parce que tout est trop léché, trop cadré, presque trop contrôlé pour que j’y ressente vraiment de la spontanéité. Il y a aussi cette façon d’aborder la sexualité, très graphique, très frontale, et qui, sans être gratuite, m’a parfois semblé poser problème dans la dynamique de mise en scène. Je comprends ce que Park Chan-wook cherche à faire. Une dénonciation, une inversion des regards, une manière de reprendre le pouvoir sur le désir. Mais le film semble parfois s’y perdre, et j’ai eu cette impression que la forme prenait trop le pas sur le fond. Ça joue sur les fantasmes pour mieux les casser, certes, mais ça n’empêche pas que ça peut en détourner certains, moi y compris. Pour autant, ce serait faux de dire que je n’ai pas aimé. Au contraire. Il y a quelque chose d’intrigant, de puissant dans cette relation entre les deux femmes, dans ce jeu de manipulation, de domination et de libération. J’ai adoré certaines idées symboliques, comme les livres, la lecture, la voix, le silence… et toute cette mise en abyme autour du langage, du mensonge, du rôle qu’on joue pour survivre dans un monde où l’on nous a enfermé dans une case. Les figures masculines sont volontairement ridicules ou pathétiques, et ça fonctionne, ça fait sens. Mais là où je pensais finir bouleversé, hanté, comme ça a pu être le cas avec Old Boy, ici, je suis resté à distance. J’ai respecté le film plus que je ne l’ai aimé profondément. Mais je ne le reverrai pas de sitôt, et je n’ai pas senti cet élan viscéral que certains films peuvent provoquer. Ce n’est pas un problème de qualité, c’est une question de ressenti, de sensibilité. Et parfois, c’est comme ça. Peut-être que je suis passé à côté d’une dimension plus profonde. Peut-être que je m’attendais à autre chose. Ou peut-être qu’il ne faut pas toujours sur-analyser ce genre d’expérience. En tout cas, je suis content d’avoir vu Mademoiselle, je reconnais tout ce qu’il a de grand, mais je l’ai gardé à distance, un peu comme on admire une œuvre d’art sous vitrine.
Mademoiselle
