D’après les critiques dithyrambiques que je peux trouver un peu partout sur le net, nous sommes face à un chef-d’œuvre ? Alors certes, la forme du roman graphique est très originale et la métaphore sur les monstres et son utilisation sont très touchantes et intelligentes. Mais à part ça… Je n’y vois pas beaucoup de qualités. Nous allons suivre, sur une première strate, la vie d’une petite fille qui aime s’imaginer comme un monstre, et qui va enquêter sur la mort d’une voisine. En parallèle, nous avons un récit dans le récit, en suivant la vie d’outre-mer des enregistrements audio de cette fameuse voisine. C’est intéressant et on a envie d’en savoir plus, mais ça avance avec une lenteur abyssale ! On semble être interrompus par des passages inutiles, qui tentent de développer des personnages qui resteront assez flous. J’en lis des choses, diverses et variées, et là j’avoue que ma lecture a été très laborieuse… On a envie de se perdre dans les dessins, qui sont horriblement beaux, avec cet aspect de stylo-bille, qui pourraient cacher des petits détails. L’exercice graphique est très sympathique à observer, et quand je me suis intéressé à la création de cette histoire, j’ai l’impression que c’est peut-être plus intéressant que l’œuvre en elle-même. Mon plus gros souci vient de la mise en page. Il y a une utilisation abusive de double-page, ou de tartines de texte, à l’utilité plus que variable pour le récit. J’adore les expérimentations de mise en page, de manière générale, mais ici ce n’est pas une franche réussite. On est sur des éléments disposés de manière très chaotique, sans guider l’œil. Certains pourront vous dire que c’est une recherche de chaque instant, et bien moi je vous le dis, c’est agaçant. C’est terriblement lourd de proposer une histoire avec cette bouillie de dessins plus ou moins soignés, sur des textes très mal écrits, le tout mélangé à chaque page d’une manière qui me perturbe énormément. Je suis certainement trop sensible au cadrage, à la mise en page. Le monde de l’image et de la bande dessinée, c’est mon univers, j’y travaille… Alors je suis navré de dire que l’aléatoire et le chaotique, c’est juste invivable pour moi. Pour revenir au dessin, on peut se languir de tourner la page, pour se demander ce qu’on pourrait trouver. Cependant, la mise en scène et la narration ont tellement joué sur ma qualité de suivi que j’ai eu un mal fou à aller jusqu’au bout. Je ne tournais pas les pages avec plaisir. Adorant aussi le genre du found footage au cinéma, je pense qu’ici nous sommes sur le même genre d’objet. Nous avons trouvé le carnet de dessin d’une petite fille, qui va raconter un mix de sa vie et de la précédente vie de sa défunte voisine. Donc, en soi, que la mise en scène soit désastreuse, c’est normal, puisque c’est une petite fille qui s’en charge. Que la narration soit aussi chaotique est expliqué par cette simple analyse… Cependant, et malgré le concept, ça nous fait avoir un objet terriblement complexe à consulter. Je pense que ce n’est pas un mauvais livre. Je pense qu’il peut intriguer, qu’il peut rebuter, et je suis certain qu’il n’est pas pour moi. Utiliser un tel format, sans faire attention un minimum à la fluidité de son histoire, sans se méfier un poil de la mise en scène et faire perdre du temps sur des petits détails insignifiants… Il faut avoir une sacrée patience pour s’accrocher, j’en ai eu pour » La Maison des feuilles « , mais là, c’est clairement impossible pour moi. J’ai donc peut-être plus un problème avec le format ? Ou plutôt, ce doit être le concept qui me pose un gros souci. Heureux de voir que beaucoup semblent avoir trouvé le Graal au travers de ce livre, moi je suis sur un gobelet en plastique…
Moi, ce que j’aime, c’est les monstres, tome 1
