Grand écart des genres
On est sur un film horrifique qui se rapproche quand même étrangement d’un autre métrage que j’ai vu il y a quelques jours (Saint Maud). Les avoir vus à peine à quelques jours d’intervalle comme ça, ça me pose un petit peu question, puisque là encore il va être question de figures féminines en proie à un mental bourré d’illusion et de reprendre les codes du christianisme.
Ici, je dois avouer que j’ai très souvent été pris par surprise.
J’avais l’impression d’avoir sous les yeux un film désorganisé, et je ne m’attendais pas un seul instant à un visionnage aussi efficace!
La première chose que je dois noter, c’est que cette grande qualité, à savoir une vraie originalité dans son déroulé, apporte aussi certains défauts. Le début souffre notamment d’une longueur assez déroutante. Sur au moins la première moitié du film, on assiste aux retours d’une jeune femme qui semble découvrir petit à petit son homosexualité, et qui va progressivement fuir un catholicisme un peu extrême qu’elle s’imposait. Au milieu de tout ça, il semble y avoir un mystère sur son passé et sur le suivi ultra-dense qu’exercent ses parents sur elle. Alors qu’on pourrait s’attendre à de graves tyrans, le film nous montre au contraire des parents plutôt sympathiques et très inquiets (malgré le mystère d’une maman en fauteuil roulant, qui semble être un élément important). On a surtout affaire à des parents qui se soucient d’une jeune fille un peu perdue dans la vie, qui découvre la vie étudiante à la fac.
Au début, le film n’a d’ailleurs rien d’horrifique.
Il y a bien quelques hallucinations à droite à gauche, mais on a plutôt l’impression de suivre une romance, voir un film d’amour.
Du moins sur la première moitié du récit, avant que tout ne bascule vers une révélation qui va carrément changer le registre du film!
En effet, alors que certains films empruntent un aspect horrifique très terre à terre, celui-ci prend le contre-pied total et plonge soudainement dans le fantastique. J’ai été assez agréablement surpris car c’est plutôt bien fait. Pour rendre le tout fluide, ils ont eu la bonne idée d’expliquer les choses et de prendre un temps assez calme pour opérer ce « switch ».
Soudainement, un personnage disparaît à cause de ce qui semble être des pouvoirs possédés par notre héroïne. On nous livre tout d’un coup une explication assez originale, basée sur des hypothèses qui donnent envie d’en savoir plus. Le film réussit ainsi à tenir son spectateur en déplaçant à chaque fois la carotte… Quand c’est une sorte de film d’amour, on se demande s’ils vont finir ensemble, si ça va bien se passer et si elle va réussir à mettre de côté son carcan religieux pour vivre pleinement. Puis, lorsque le film bascule, on se demande où va nous mener cette surcouche de mystère qui nous tombe soudainement entre les mains.
Au final, je reste plutôt agréablement surpris, j’ai franchement été scotché à mon écran.
On peut certes reprocher au film d’extrêmes longueurs au début, et peut-être même un poil dans sa seconde moitié. Oui, il aurait pu se résumer bien plus vite, et oui, il y a un côté trop contemplatif par moments qui, même si d’habitude cela ne me dérange pas, ne sert vraiment à rien ici. Malgré cela, je dois avouer que l’impression globale reste plutôt efficace.
En revanche, le film ne m’a pas apporté une entière satisfaction car lorsqu’on change ainsi de registre, on ne sait plus trop si l’on doit pencher vers l’horreur pure ou vers une conclusion fantastique heureuse. Le film a du mal à se positionner.
Ces différentes couches narratives finissent par lui faire défaut sur la fin.
On oscille tantôt sur une sorte de punition, tantôt sur une forme de réparation, mais aussi sur une réconciliation… Bref, un mélange de trop de choses qui m’a laissé penser que le film ne savait finalement plus trop quoi raconter. Certes, c’était très agréable de mélanger tout ça, et cela n’est pas non plus allé jusqu’à gâcher l’intégralité du film (qui reste un bon divertissement). Mais je finis par me dire que j’ai un peu de mal avec cette conclusion à cause de la multiplication des sous-intrigues liées aux autres personnages. Avoir voulu tout caser a rendu le final beaucoup trop expéditif, ce qui est cruellement paradoxal au vu des longueurs accumulées auparavant.
Rien de cataclysmique pour autant.
Au final, comme je l’ai dit, ça reste un bon divertissement et même plus. Je dois avouer que ce genre de mélange des genres et ces twists en milieu de film ont souvent tendance à me séduire, et ça a été le cas ici. Je peux donc vivement le recommander aux personnes qui aimeraient passer une soirée devant un film assez original. Sans trop de prise de tête, avec un peu de romance, un peu de fantastique et surtout un mélange des genres très atypique. Regretter la fin et les longueurs est une chose, mais je ne pense pas que cela suffise à effacer tout ce que le film a réussi à faire de vraiment bien. Je peux totalement comprendre qu’on puisse abandonner le visionnage en cours de route, pour ces quelques défauts, mais j’ai pris plaisir à mettre accrocher, malgré une fin trop expéditive.
