Je l’ai enfin vu! Ce film que tant de cinéphiles me glissaient dans l’oreille comme un secret trop bien gardé, ce monument de l’angoisse mentale que les créateurs de Silent Hill citent comme influence directe. J’y allais presque à reculons, à force de l’avoir vu encensé. Peut-être que c’est ça qui m’a trahi? Peut-être aussi que l’échelle n’a pas vibré de la même manière dans mon époque, dans mon corps, dans ma vision de la folie. Parce que malgré la sueur, les hôpitaux crasseux, les visages flous, les sursauts grotesques, malgré cette tentative évidente de nous faire douter de tout, je suis resté à distance. Ce genre de films devrait me saisir par le col, me jeter dans son délire comme un cauchemar dont on ne sort pas indemne. Là, je regardais et c’est justement ça le problème… je regardais plus que je vivais ce qui se passait à l’écran. Il y a une sincérité dans L’Échelle de Jacob que je ne remets pas en cause. La mise en scène de Lyne est appliquée, parfois percutante, et Tim Robbins est irréprochable dans ce rôle d’homme brisé, errant dans un monde où la réalité se dérobe à chaque pas. Mais l’impact émotionnel, lui, est resté plat pour moi. Trop d’artifice, peut-être? Trop de ficelles narratives visibles. Ce genre de twist final, aujourd’hui, a été tellement décliné qu’il m’arrive avec des airs de déjà-vu. Même si, à l’époque, il était audacieux. Le film a pavé la voie, d’accord. Mais j’y ai vu les pavés, plus que la voie. Je comprends parfaitement pourquoi Silent Hill a puisé là-dedans. Il y a une même volonté de matérialiser la douleur, le deuil, la culpabilité à travers des lieux malsains, des visions hallucinées, des distorsions de corps et d’âme. Mais ce que Silent Hill 2 a su faire dans le jeu, me faire sentir mal à l’aise profondément, viscéralement, L’Échelle de Jacob ne me l’a pas procuré. Je l’ai vu, je l’ai compris, je l’ai analysé… mais je ne l’ai pas ressenti. D’autres ont été happés, bouleversés. Beaucoup parlent d’une claque psychologique, d’un film avant-gardiste, d’un malaise maîtrisé. Je leur laisse ce vertige. Moi, j’ai vu une mécanique un peu grippée. Une horreur trop consciente d’elle-même pour m’envahir. À vouloir me faire douter de tout, le film m’a surtout laissé… vide.
L’Échelle de Jacob
