La mauvaise suite
J’avais gardé un souvenir assez tiède du premier Ittle Dew. Pas une catastrophe, loin de là, mais ce sentiment étrange d’un jeu qui flirtait avec l’idée du Zelda-like sans jamais vraiment embrasser l’aventure. Un petit puzzle game déguisé en Zelda, très proche du sokoban par moments, qui reposait presque entièrement sur ses énigmes et très peu sur son monde. Comme souvent avec ce genre de séries indépendantes, la suite arrive avec une promesse implicite. Corriger ce qui ne fonctionnait pas. Agrandir le terrain de jeu voir transformer l’essai…
Ittle Dew 2 ne l’a vraiment pas compris, en prenant son matériel de base comme assez bon et c’est ce qui aura tuer cette suite à mes yeux.
Une monde plus grand, plus de contenu, une structure un peu plus ouverte et surtout le passage à la 3D. Tout semblait indiquer que le studio avait compris les limites du premier épisode et qu’il allait enfin essayer de donner un peu plus de corps à cette aventure.
Mais très vite, une impression étrange s’installe. Celle de jouer à quelque chose de beaucoup trop familier…
Parce que malgré ce changement de perspective et ce monde un peu plus étendu, le jeu donne constamment l’impression de recycler les mêmes idées que le premier épisode. Les mêmes mécaniques, les mêmes types d’énigmes, les mêmes logiques de salles. On retrouve très rapidement cette sensation de puzzle game déguisé en Zelda-like. On pousse des blocs, on manipule quelques objets, on résout des situations assez similaires à ce que proposait déjà le premier jeu.
Au bout d’un moment, on commence à se demander si le jeu cherche vraiment à évoluer!
Le problème n’est pas que les puzzles soient mauvais. Ils fonctionnent, comme dans le premier épisode. Avec très peu d’outils, le jeu arrive à construire des situations plutôt intelligentes. On expérimente un peu avec les objets, on trouve les interactions possibles, on comprend comment l’environnement peut être manipulé. Sur le moment, ça reste agréable.
Mais le sentiment de répétition s’installe très vite.
Parce que le jeu ne cherche presque jamais à pousser sa formule plus loin. On a l’impression qu’il se contente de reproduire les mêmes idées, en les étalant simplement sur une aventure un peu plus longue. Ce qui pouvait fonctionner comme une petite expérience compacte dans le premier épisode devient ici beaucoup plus visible.
On commence à voir les coutures.
Et malheureusement, le passage à la 3D n’aide pas vraiment.
Visuellement, le jeu est loin d’être séduisant. Les environnements sont assez pauvres, la direction artistique manque de personnalité et l’ensemble donne parfois l’impression d’un jeu qui a pris dix ans de retard. Les modèles sont simples, les textures assez ternes et l’univers peine à dégager une vraie identité. Mais ce qui me reste le plus en tête, ce sont les animations qui sont incroyablement rigides…
Les déplacements, les attaques, les réactions des personnages… tout semble un peu raide. On n’a jamais vraiment cette sensation de fluidité qui pourrait donner vie à l’aventure. Au contraire, le jeu renforce constamment cette impression d’être face à un système, une série de puzzles enchaînés plutôt qu’un monde vivant.
Les combats de boss, en plus d’être trop répétitif et très peu créatif sont d’une rigidité qui rappelleraient des jeux étudiants, avec ce spam de bouton d’attaque et se vide de quelques demi seconde entre chaque action importante.
Alors, en plus d’une 3D à la limite du catastrophique, on nous sert… Le même humour un peu parodique, les mêmes types d’énigmes, les mêmes sensations. Le jeu ne semble jamais vouloir sortir de l’ombre de son propre concept, ce qui est l’attitude inverse à avoir quand on vient de la scène indépendante à mon avis…
Du coup, l’envie de rester s’effrite assez vite.
Là où une suite devrait normalement donner envie de replonger dans l’univers, d’explorer davantage, de découvrir ce que le jeu a à offrir, Ittle Dew 2 donne plutôt l’impression d’étirer une formule qui avait déjà montré ses limites dans le premier épisode.
Le premier jeu ressemblait à une sorte de prototype prometteur. Une base de puzzle game avec quelques idées malines, mais encore très limitées. La suite aurait pu être le moment où tout s’ouvre enfin. Où l’aventure prend de l’ampleur. Où le monde devient intéressant à explorer.
À la place, on se retrouve avec un jeu qui répète beaucoup trop les mêmes choses, sans réellement chercher à se réinventer.
Alors oui, il y a plus de contenu que dans le premier épisode. Oui, l’aventure est un peu plus longue. Mais paradoxalement, cette durée supplémentaire ne joue pas forcément en sa faveur. Elle rend simplement plus visible le manque de renouvellement.
Au final, on en ressort avec une impression assez étrange. Celle d’un jeu qui aurait pu être une vraie évolution, mais qui se contente finalement de rester dans les mêmes limites que son prédécesseur.

