La foi et l’abandon

Je savais que The Young Pope traînait derrière elle une réputation un peu étrange. Une série à la fois encensée pour sa mise en scène et critiquée pour son rythme et son côté parfois provocateur et très honnêtement, les premiers épisodes m’ont donné raison de me méfier.

Car le début est franchement laborieux.

Le rythme est assez catastrophique et, chose assez surprenante, on met du temps à vraiment comprendre qui est le personnage principal. Il faut attendre l’épisode 3, pour commencer à saisir ce qu’il est vraiment et même là il reste encore pas mal de zones floues. D’ailleurs ma copine a abandonné à ce moment-là… Ce que je comprends parfaitement puisque la série avance à tâtons, on ne sait pas vraiment où elle va, ni ce qu’elle veut raconter.

Ni même ce que veulent vraiment les personnages…

Mais justement, avec le recul, j’ai l’impression que la série joue volontairement avec cette incertitude.

Parce que le cœur du récit, c’est ce personnage interprété par Jude Law. Un pape jeune, sûr de lui, presque arrogant au départ, qui incarne cette jeunesse un peu trop certaine d’avoir raison. Et petit à petit, au fil des épisodes, il se transforme. La série nous fait assister à une progression assez fascinante, jusqu’à un renversement dans les derniers épisodes qui m’a vraiment pris à contre-pied. C’est là que tout a basculé pour moi. Ce personnage que j’observais un peu à distance au début, j’ai fini par vraiment l’adorer.

Ce qui est particulièrement brillant, c’est l’idée centrale du personnage. Cet homme qui a été abandonné à la naissance, qui vit très mal cette blessure et qui reste obsédé par la recherche de ses parents, par cet amour qu’il n’a jamais reçu. Le fait qu’il soit devenu pape donne à tout ça une dimension presque symbolique. D’une certaine manière, il est à la recherche de ses parents comme l’humanité est à la recherche de Dieu. L’homme cherche une réponse, une présence, une approbation de son créateur… et se demande parfois s’il n’a pas été abandonné. Ce parallèle entre la place de l’homme dans le monde et celle de ce jeune garçon devenu pape, je l’ai trouvé vraiment brillant.

Visuellement, la série est souvent impressionnante. Les lieux, les costumes, la manière dont Paolo Sorrentino compose ses images… on sent un regard de cinéma derrière chaque plan. C’est parfois presque trop beau, trop stylisé, mais il y a des scènes qui restent en tête très longtemps. C’est presque hypnotique par moment.

Puis il y a les deux derniers épisodes.

Là, pour moi, la série atteint un niveau vraiment remarquable. Elle utilise un trope assez classique, celui des grands discours ou des homélies finales, mais avec une efficacité redoutable. Ces moments fonctionnent à la fois dans l’univers de la série, sur les personnages qui les écoutent, et sur le spectateur. J’avoue que ça m’a touché beaucoup plus que je ne l’aurais imaginé.

Alors évidemment, la série n’est pas parfaite et elle est passée de très peu à côté du génie.

Les débuts sont trop longs, trop hésitants. Elle se perd aussi dans plusieurs digressions et sous-intrigues que j’ai trouvées assez peu utiles. Certaines histoires apparaissent, prennent un peu de place, puis disparaissent sans vraiment avoir d’impact sur la suite. C’est un peu frustrant, parce que la série aurait gagné à mettre davantage son personnage principal face à de vrais défis. Par moments, sa progression semble se faire un peu « par magie », presque comme si le Saint-Esprit intervenait directement dans le scénario.

C’est dommage, parce que la psychologie des personnages est souvent excellente. Pas seulement celle du pape. Beaucoup de personnages secondaires deviennent étonnamment attachants, et on finit par les quitter avec un petit pincement au cœur.

Concernant le jeu d’acteur, je comprends aussi certaines critiques qui parlent parfois d’un ton un peu grotesque. Mais pour moi c’est clairement un choix. Une manière d’éviter que tout devienne trop lourd, trop dramatique, trop cliché. Cette légère exagération crée une distance qui, au contraire, rend certaines scènes plus efficaces.

Au final, je dirais que c’est une série qui passe vraiment très près du génie. Elle a des défauts assez évidents, surtout dans sa première moitié, mais elle compense avec des idées brillantes, des images marquantes et un personnage central fascinant.

Je respecte bien plus les histoires qui commencent de manière bancale et finisse en apothéose, comme si on avait bien mérité un beau final. Qu’une narration aux petits oignons dès les premiers épisodes, pour un final catastrophique. Ici, nous sommes plus sur la première vision et dieu sait que c’est assez rare pour être souligné.

By Kuma

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