L’ombre d’un miracle?

Je partais avec une vraie méfiance en lançant The New Pope. La fin de The Young Pope me semblait déjà suffisante, quasi complète et j’avais du mal à voir l’intérêt d’une suite. Cette peur de la “suite de trop”, je l’ai gardée tout du long, et avec le recul, j’ai l’impression qu’elle ne m’a jamais vraiment quitté.

Ce qui m’a le plus perturbé, c’est ce sentiment constant de ne pas totalement comprendre les personnages et surtout ce personnage central, ou ce qu’il en reste. Cette figure presque christique, parfois brillante, parfois médiocre, parfois insaisissable… J’ai eu du mal à m’y accrocher émotionnellement. Il y a quelque chose de volontairement flou, j’imagine, mais qui m’a tenu à distance plus qu’il ne m’a impliqué.

Ceci dit et malgré ça, il y a quelque chose qui fait que la série mérite d’être vue.

Déjà parce que la mise en scène de Paolo Sorrentino franchit encore un cap. C’était déjà l’un des points les plus marquants de la première série, mais ici, il pousse encore plus loin. Les images sont encore plus stylisées, le symbolisme religieux encore plus appuyé, et les séquences oniriques s’enchaînent presque à un rythme absurde. Il y en a partout, parfois plusieurs par épisode. Alors oui, il y a des longueurs, je les ai ressenties aussi, mais il y a aussi énormément de moments visuellement fascinants. Je comprends autant ceux qui décrochent que ceux qui sont complètement happés.

Là où je suis beaucoup moins en phase avec ce que j’ai pu lire ailleurs, c’est sur la question des thématiques. On parle souvent d’un approfondissement de la foi, du doute, de la religion… mais je ne l’ai pas ressenti comme ça. Pour moi, la série fait surtout du surplace avec ces thèmes. Elle répète plus qu’elle n’explore. Là où certains y voient quelque chose de plus mature, j’y ai vu quelque chose de plus frontal, parfois même un peu lourd. Toute cette insistance sur la décadence, la drogue, le sexe, les dérives au sein de l’Église… ça finit presque par perdre en crédibilité.

Ça devient caricatural, presque irréel.

Mais il y a un élément qui, à lui seul, m’a vraiment tenu.

Cette dualité entre les deux papes.

Le personnage incarné par John Malkovich m’a beaucoup plus accroché que je ne l’aurais imaginé. Il apporte une nouvelle dynamique, plus posée, plus philosophique, avec un passé qui donne de la matière. Là où l’ancien pape s’efface pendant une bonne partie de la série, lui prend une place centrale, et leur confrontation progressive crée quelque chose de vraiment fort. Les voir évoluer côte à côte, puis face à face, ça donne naissance à des moments assez beaux, presque naturels. Et clairement, les performances d’acteurs portent énormément tout ça. Il y a une vraie maîtrise dans la manière dont les dialogues sont incarnés.

Malgré ça, je n’ai pas retrouvé les mêmes moments de grâce que dans la première série. Il y en a, évidemment, mais ils ne m’ont jamais autant marqué. Les grands discours, les scènes marquantes… tout ça m’a semblé moins puissant, moins mémorable. Comme si la série essayait de retrouver quelque chose qu’elle avait déjà atteint auparavant, sans réussir à le dépasser.

Et puis il y a ce rythme…

Déjà compliqué dans la première saison, il devient ici encore plus lent, voir carrément étouffant. Par moments, ne pas décrocher demande un vrai effort. Je m’accroche aux belles images et symboliques, mais comme je comprend toutes les personnes qui ont quitté le navire! La série s’enferme dans une lenteur qu’elle assume totalement, mais qui finit par nuire à l’ensemble. À ça s’ajoute une multiplication d’intrigues secondaires que j’ai trouvées assez inutiles, parfois mal exploitées. Certaines existent pendant plusieurs épisodes pour finalement servir de levier très léger sur la fin et ça laisse un sentiment étrange, celui d’avoir passé beaucoup de temps pour un impact assez limité.

Le fait que le personnage central perde de son importance n’aide pas non plus. Ça crée une distance émotionnelle plus forte, et ça affaiblit ce qui faisait la force de la première série. (Un choix curieux et osé que je louais bien volontier au début, puisqu’on y a gagné au change, mais un choix quand même plus que discutable)

Au final, je reste un peu partagé.

J’ai passé un bon moment. Il y a de très belles choses, une mise en scène toujours aussi impressionnante, une relation centrale qui fonctionne vraiment bien. Mais en même temps, j’ai cette impression persistante d’une œuvre qui tourne un peu en rond, qui répète plus qu’elle ne construit, et qui peine à justifier pleinement son existence en tant que suite.

C’est un très bon objet, maîtrisé, parfois fascinant.

Mais peut-être pas une suite nécessaire.

Et puis il y a cette dernière image…. Du Pape soulevé par ces fidèles…

Ce moment où Lenny trouve enfin une forme d’amour, presque trop grande pour lui, presque irréelle, comme une réponse tardive à tout ce qu’il a cherché depuis le début. C’est beau. C’est le genre de scène qui m’a pris sans prévenir, au point de sentir une émotion monter. Comme si, après tout ce parcours, il y avait enfin une forme d’apaisement.

Mais une fois cette émotion passée, une question reste.

Comment en est-il arrivé là ?

Et c’est là que la série me laisse un peu sur le côté. Parce que ce cheminement, je ne l’ai pas vraiment compris. Il est là, suggéré, parfois esquissé, mais jamais vraiment construit. Trop flou, trop diffus, encore plus dans cette saison. Et c’est frustrant, parce que cette conclusion aurait pu être encore plus forte si elle avait été pleinement méritée, pleinement préparée.

Est-ce que ça gâche tout ? Non, du moins pas entièrement….

Ça reste un visionnage solide, souvent beau, parfois même marquant. Mais contrairement à la première série qui finissait par s’imposer avec force, celle-ci me laisse avec quelque chose de plus fragile. Une émotion réelle, mais qui repose sur des fondations un peu trop incertaines pour vraiment s’inscrire dans le temps.

By Kuma

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