Amélie et la Métaphysique des tubes

Une réponse à Bambi?

Je n’ai jamais eu de désintérêt pour Amélie Nothomb, bien au contraire. J’avais découvert Soif et j’en gardais un souvenir assez surprenant avec cette vision de Jésus juste avant sa mort. Même si je n’avais vraiment pas apprécié la lecture, j’admet l’originalité de celle ci. Depuis, je m’étais toujours dit que je reviendrais vers elle quand j’aurais le temps. Donc forcément, en tombant un peu par hasard sur Amélie et la métaphysique des tubes, adaptation animée d’un de ses premiers romans, j’étais plutôt enjoué. On l’a lancé hier soir avec ma copine, avec un vrai intérêt.

Très vite, je me suis pris une claque. Pas juste “c’est joli”…. Non, je crois sincèrement que c’est le film le plus beau que j’ai vu de ma vie. Les couleurs, les designs, les cadres, l’animation… tout est d’une précision et d’une richesse hallucinantes. Pourtant j’en ai vu des films d’animation, en 2D comme en 3D, mais là, il y a quelque chose qui dépasse tout ce que j’ai pu voir. Je me suis laissé happer immédiatement par l’ambiance.

Puis les problèmes ont commencé à pointer le bout du nez…

Au bout de 25 minutes, alors qu’on n’était pas fatigués, je me suis retrouvé à lâcher un “tout ça pour ça ?”

Pourquoi mettre autant de moyens pour raconter autant de vide ?

On est face à cette histoire autobiographique d’une gamine dans une famille ultra bourgeoise comme on n’en fait plus, qui s’invente une espèce d’aura exceptionnelle, avec des histoires de précocité… franchement, j’y crois pas une seconde. J’ai surtout vu une gamine qui comprend très vite qu’elle peut attirer l’attention en se donnant un genre, en feignant d’être spéciale.

J’avoue m’être surtout dit, que j’étais devant un égo trip assez médiocre…

Au point de presque m’agacer contre l’autrice elle-même, comme si elle cherchait plus à se construire une image qu’à raconter quelque chose de sincère. Avec ma copine, on était resté sur “mais ça raconte quoi ?”. Une enfant qui découvre le monde et qui grandit, sans objectif, sans direction… c’était insupportable. On a arrêté là.

Et ça m’arrive très rarement. À froid, je me suis dit que ça valait un 4 sur 10, uniquement pour la technique, parce que le reste… Non.

Et pourtant, le lendemain, impossible de ne pas y repenser.

J’ai pas mal de temps en ce moment, et en me levant, puis en rentrant chez moi, je voyais passer énormément de critiques dithyrambiques. Des gens qui parlaient d’un film marquant, important, presque incontournable. Je me suis dit que soit tout le monde racontait n’importe quoi, soit j’étais passé à côté de quelque chose. Alors oui, en général, j’ai plutôt du flair, et dans 80% des cas quand je sens qu’un truc est mauvais, il l’est. Et j’ai même tendance à être trop complaisant en allant au bout d’œuvres médiocres. Peut être pas envi complétionniste? En tous cas là, j’ai voulu lui donner une seconde chance. Au pire, je passerais ma frustration en le démontant proprement.

En relançant le film, j’ai compris la force de celui-ci…

J’ai compris que ça parlait du deuil. Que ça parlait de grandir avec cette idée-là. Et surtout que l’histoire démarre quasiment là où je m’étais arrêté. La mort de la grand-mère, qui vit à l’autre bout du monde, rend la chose floue pour l’enfant, presque abstraite, mais centrale. D’un coup, tout prend une autre dimension.

Je vais peut-être dire un truc un peu étrange, mais j’ai eu l’impression que ce film était une réponse à Bambi. Parce que, comme beaucoup, j’ai été marqué enfant par ce film. Je me revois relancer le début en boucle sur mon magnétoscope, espérant changer le futur, empêcher la mort de la mère. Mais forcément, ça n’arrive jamais et on reste seul avec ça, sans accompagnement.

Ici, j’ai l’impression qu’on nous accompagne justement. Qu’on nous aide à comprendre. Le film parle de la mort, de la perte, de l’attachement (notamment à la nounou), et même d’un contexte de guerre qui n’est pas complètement digéré par les adultes. Il y a cette idée d’apprendre à vivre avec, d’accepter que tout a une fin. Voir même, quelque part, une réflexion sur les relations, sur les amours.

Alors oui, ça reste parfois plan-plan. Oui, c’est parfois cliché et cette famille ultra bourgeoise reste difficile à encaisser, avec des parents complètement absents, presque absurdes… Entre l’écoute du violon sur la plage et le gamin de trois ans laissé dans l’eau, on est quand même dans un délire assez lunaire de parents aimant et mais absent avant même les smartphones.

Et forcément, cette gamine qui essaie d’exister en se donnant un genre peut continuer d’agacer.

Mais malgré ça, le film finit par fonctionner.

Ce que je retiens surtout, c’est qu’il souffre d’un vrai problème de rythme. Il met beaucoup trop de temps à démarrer pour le peut de temps qu’il dure. C’est vraiment dommage, parce qu’il commence quasiment à la moitié. On a presque l’impression qu’il n’a pas tant de choses à raconter, ou du moins qu’il les étire trop.

Mais ce qu’il raconte, il le fait bien.

Parce qu’au final, ce film pourrait presque être un visionnage obligatoire pour un enfant. Pour lui faire comprendre que le deuil fait partie de la vie. Que tout a une fin. Que parfois, on aime des gens qui ne meurent pas, mais qui sortent de notre vie. Et que de ça peut naître quelque chose. Une envie de vivre plus fort, de raconter, de ressentir.

C’est simple, mais c’est juste et c’est presque efficace.

Du coup, j’ai complètement réévalué mon jugement. Le film ne m’a pas profondément touché, ni marqué durablement. Mais je comprends totalement pourquoi il a pu toucher autant de monde. S’il avait été mieux géré sur son démarrage, je pense que ça pourrait être un visionnage excellent pour beaucoup d’enfant!

By Kuma

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