Les sixties, l’horreur et le cliché

Je me suis rendu compte que ma watchlist est devenue une sorte de musée poussiéreux. Vous savez très bien de quoi je parle, on en a tous une… Une longue liste de films qu’on garde “pour plus tard”, mais qu’on ne regarde jamais vraiment. Du coup ce matin, je me suis dit que ça faisait un moment que je n’avais pas découvert de nouveaux films. Je restais dans des zones confortables. Des revisites, des valeurs sûres, des choses qui sentent le déjà connues.

Alors j’ai ouvert cette fameuse watchlist et j’ai pioché un peu au hasard. Je me suis dit qu’un film avec une esthétique un peu particulière pourrait peut-être me rafraîchir un peu la vue. Quelque chose d’un peu différent visuellement. C’est comme ça que je suis tombé sur Last Night in Soho et j’ai trouvé ce que je suis venu y chercher!

Edgar Wright a clairement voulu construire un objet esthétique très marqué. On plonge dans un Londres des années 60 recréé avec énormément de soin, baigné de néons, de musique pop, de robes élégantes et de clubs nocturnes. Il y a quelque chose de presque hypnotique dans cette reconstitution. Les premières scènes dans lesquelles Eloise découvre ce passé fantasmé fonctionnent extrêmement bien.

On comprend très vite pourquoi tant de spectateurs ont été marqués par l’ambiance du film.

Il y a aussi toute cette mise en scène autour des miroirs et des doubles qui est franchement brillante. Certaines transitions entre les personnages donnent vraiment l’impression que deux époques se superposent dans un même espace. On sent le travail de chorégraphie, de caméra et d’effets pratiques. Ce sont clairement les moments où le film atteint une vraie forme de magie visuelle.

La musique participe énormément à cette sensation. Toute la bande-son des années 60 accompagne parfaitement cette illusion d’un passé glamour. On comprend facilement pourquoi l’héroïne se laisse happer par cette époque qu’elle idéalise. D’autant que les deux actrices ont aussi un charme envoutant, toutes les deux à leurs manières/niveaux, rendant alors un résultat plus que convainquant une fois qu’on tout additionné.

Mais ce qui est intéressant, c’est que le film prend justement le temps de casser ce fantasme.

Petit à petit, ce Londres rêvé révèle une réalité beaucoup plus sombre. Le glamour laisse place à quelque chose de plus inquiétant, presque oppressant. Le film glisse alors progressivement vers le thriller psychologique, puis vers une forme d’horreur plus frontale. Même si ce mélange de genres ne convainc pas tout le monde ET MOI LE PREMIER, je dois reconnaître que l’idée fonctionne plutôt bien sur une bonne partie du film.

Oui c’est un peu balourd par moment et ça peut carrément aider à sortir du film, mais j’ai simplement trouvé ça audacieux.

En revanche là où j’ai commencé à décrocher un peu, c’est surtout dans la dernière partie.

On sent que le film avait une idée très forte au départ, mais que le scénario finit par emprunter des chemins un peu plus convenus. Certains rebondissements arrivent avec des ficelles assez visibles, et la conclusion s’appuie sur des codes assez classiques du thriller et du fantastique. Rien de catastrophique, mais suffisamment pour casser un peu la sensation d’étrangeté que le film avait réussi à installer.

Il y a aussi quelques personnages secondaires qui restent assez peu développés, et certains clichés narratifs qui m’ont sorti du film par moments. C’est un peu dommage parce que la mise en scène, elle, continue de faire un travail remarquable jusqu’au bout.

On a le beau gosse gentil attiré par la fille en marge, le gang de meuf méchante et j’en passe… C’est quand même un peu dommage.

Ce n’est probablement pas un film que je garderai en tête pendant des années. Le scénario et la conclusion manquent un peu de finesse pour ça. Mais en termes d’expérience visuelle et d’ambiance, c’est extrêmement bien exécuté. On sent un vrai plaisir de mise en scène, une envie de jouer avec l’image et la musique.

Puis c’est original, cette fille qui se confond dans une sorte de modèle esthétique, pour finalement communiquer avec le passer et trouver ça propre place, j’y vois beaucoup de bon et ça m’a fait passer un très bon moment.

By Kuma

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