Un poil d’horreur qui aurait mérité plus de réflexion
Dès la sortie de ce jeu, il m’avait quand même un petit peu fait de l’œil, déjà avec cette esthétique qu’on retrouve dans l’horreur internet, qui essaye de reprendre ce qu’on voyait pas mal, notamment dans du found footage. Cette esthétique horrifique où on essaie de rajouter un vieux grain à l’image, de donner des effets un petit peu distordus à tout ça. Et ici, c’est non seulement fait par l’image, mais également par les formes des personnages. J’ai d’ailleurs l’impression que ça s’inspire énormément(/trop) de l’univers de Mandela Catalogue, une série d’horreur internet, notamment avec cette ambiance générale, mais aussi par le fait qu’il y a un petit mélange de body horror qui prend ses sources dans du grotesque, avec ses personnages peut-être bizarrement difformes.
Et ce serait dommage de juger un livre à sa couverture… Parfois, on choisit de ne pas sauver une personne en croyant que c’est un monstre, mais ça n’en est pas un. Typiquement, le jeu semble nous mettre face à des dilemmes comme ça.
Alors, on avance dans cette histoire comme dans un livre dont on est le héros, puisque parfois on peut mourir bêtement sur des situations toutes simples. Et c’est plutôt dommage, parce que ça peut rendre le jeu abrupt pour pas grand-chose. C’est con, puisqu’en fait, il n’a pas grand-chose à raconter, ce jeu. Donc c’est quand même assez dommage de rendre le peu de temps qu’il dure parfois désagréable.
On se balade en vue FPS, mais dans un couloir en L, tout simplement, qui va nous donner accès à la chambre de notre personnage principal. On va pouvoir y avoir les informations de la télé et éventuellement passer d’une phase jour à la phase nuit. Les autres salles de notre maison permettent d’entreposer des survivants qu’on aura choisi de sauver. Les phases jour, ce sont des moments où on va pouvoir glaner de nouvelles informations, étudier les survivants pour savoir si ce ne sont pas des monstres, appeler des services externes pour avoir des informations en plus, ou choper quelques objets. Et enfin, les phases de nuit, où on va interagir avec l’extérieur qui vient toquer à notre porte. Ce sont des survivants ou des personnages hauts en couleur qui vont taper à notre porte pour en savoir un petit peu plus sur nous, pour nous donner des infos encore un peu plus précises sur l’univers et sur ce qu’il se passe dehors. Puisque, semble-t-il, on vit un confinement à cause d’un soleil qui émet des radiations un peu étranges, rendant alors le fait de sortir en journée quasi impossible. Et le soir nous montre une vie un peu paniquée, puisque des monstres prenant une apparence humaine sont également de la partie.
Dans ce contexte, moi, j’ai envie de questionner souvent la forme d’une œuvre, surtout quand elle est assez minimaliste comme celle-ci. Et ici, je me pose la question du choix FPS. Pourquoi nous faire déambuler dans une maison aussi vide et aussi petite en vue FPS, alors qu’il y a très peu d’interactions et très peu de choses à faire comme ça ? On aurait pu tout simplement être sur un point and click classique. Et cette phase FPS, j’avoue ne pas la comprendre. Est-ce qu’elle aurait pu être vecteur d’horreur, de par le fait qu’on se balade dans un couloir en L et donc, au virage, on pourrait y voir quelque chose ? Je trouve ça, même dans ce cas-là, un peu léger, parce que je trouve que ça ralentit le rythme d’un jeu qui n’est déjà pas bien rythmé et complet, avec un contenu assez faible.
Et c’est quand même franchement dommage, puisque l‘univers m’a vraiment pas mal embarqué. Je me suis surpris à relancer plusieurs fois de nouvelles parties pour essayer de sauver quelques personnes et puis pas d’autres, puis voir ce que ça allait faire telle ou telle situation. Et le jeu semble avoir plusieurs petits embranchements. Ceux-ci sont-ils utiles à la compréhension de l’univers ? Pas forcément. Il le développe à peine, mais ça reste quand même suffisamment intéressant pour qu’on s’y penche un minimum. C’est quand même sympa d’avoir réutilisé ces bases horrifiques qu’on trouve beaucoup sur internet pour les adapter à son propre univers. C’est plutôt bien foutu, même si les personnes comme moi, qui sont habituées de ce genre de produits, pourraient se plaindre du fait que ce soit quand même une sacrée redite, avec très peu d’éléments originaux. Mais ça reste assez correct et ça donne un cachet bien particulier à un titre qui se veut horrifique.
Mais au global, l’expérience, c’est très difficile d’en parler plus, puisqu’on va surtout pas mal échanger avec des personnages, essayer de les étudier et nous étudier nous-mêmes pour savoir qui est, ou se transforme en, monstre. Et le vrai sujet du jeu nous apparaît quand même très vite. Est-ce que cette pseudo-armée, qui s’est montée au dernier moment pour étudier les monstres, est vraiment gentille ? Est-ce que les monstres en sont vraiment ? Ou alors, est-ce qu’ils le sont tous ? Est-ce que, finalement, ce ne sont pas les humains qui sont horribles dans cette histoire ? On est sur une espèce de message nous rappelant que tout le monde est un peu gris dans ce contexte de semi-fin du monde où on n’y comprend plus rien. (Ça peut nous rappeler le Covid, c’est plutôt intéressant à revivre dans un tel contexte)
On va dire que, d’un point de vue artistique, le produit se défend. Je pense que sur une petite poignée d’euros, le temps d’une soirée d’une heure et demie, deux heures sur un canapé, ça peut être intéressant de parcourir le titre pour se mettre dans une ambiance un petit peu flippante et mystérieuse. Mais au-delà de ça, est-ce que le titre vous fera passer un bon moment ? Eh bien, je ne crois pas, car je l’estime un peu trop faible en contenu, en options également, de ce qu’on peut faire ou non. Et sur le peu de choses qu’il nous propose, il peut être un peu abrupt. Il y a des rythmes un peu lents pour pas grand-chose, et une volonté de rendre ça difficile avec un nombre de sauvegardes limité, alors que ça n’a pas tant d’explications. Je trouve le tout avec des mécaniques peut-être un peu datées. (Le fait qu’il faut à tout prix avoir passé toute notre énergie dans la journée pour aller se coucher… Donc, si on n’a pas eu trop d’idées, autant aller boire de la bière. On perd du temps sur des choses peu utile…) Il y a beaucoup de choses qui nous font faire des allers-retours pour des bêtises, et je trouve ça quand même un peu dommage. Car sur le peu d’options que propose le titre, on sent que ça aurait mérité d’être mille fois plus réfléchi d’un point de vue game design, surtout quand il y a si peu d’éléments à se mettre sous la dent.
Ça restera quand même la bonne petite expérience horrifique à se faire le temps d’une soirée ou deux, si vous êtes vraiment complétionnistes. Mais pour les autres, je pense que c’est plutôt justifié que le titre ne subsiste pas plus que ça dans les mémoires des joueurs.

