Le bon dosage
Je me suis lancé dans Rise of the Tomb Raider presque dix ans après sa sortie, un peu à contre-courant de mes habitudes. C’est typiquement le genre de jeu que j’ai toujours eu tendance à fuir. Les expériences très dirigistes, très action, très “couloir”, ça n’a jamais vraiment été mon terrain de jeu. À l’époque, j’avais même complètement ignoré Uncharted, en sachant très bien que ça ne me parlerait pas.
Et pourtant, cette génération de consoles en était remplie, donc impossible d’y échapper.
J’avais tout de même fait le premier Tomb Raider de cette trilogie, en fin de vie de la Xbox 360, sans attente particulière. Je n’en garde pas un souvenir marquant, mais j’en avais retiré quelque chose d’assez positif. Une sorte de Uncharted-like avec une petite touche de semi-ouvert, un mélange d’action, d’infiltration et de déplacement qui, sans être mon style, fonctionnait étonnamment bien.
Alors en ayant la trilogie sur Steam Deck, je me suis dit que c’était peut-être le bon moment pour reconsidérer tout ça.
Avant d’attaquer Rise of the Tomb Raider, j’ai relancé les deux premières heures du premier jeu pour me remettre dedans et comparer. Ce qui m’a sauté aux yeux, c’est cette progression qui flirte, très vite fait, avec le Metroidvania. On débloque des outils, des capacités, qui ouvrent progressivement de nouvelles zones. Sur le papier, c’est séduisant. Dans les faits, ça reste très encadré. La plateforme est ultra dirigiste, les zones sont petites, avec un ou deux chemins maximum.
On est loin d’une vraie sensation de liberté. Mais malgré ça, il y a suffisamment de petites subtilités pour rendre l’ensemble agréable.
Surtout, j’ai pris du plaisir. À suivre l’aventure, mais aussi à m’égarer dans les défis optionnels, qui sont franchement généreux. Le level design tient bien la route, la direction artistique fonctionne, et il y a ce parfum d’aventure qui rappelle clairement Indiana Jones. Lara Croft devient ici une sorte d’Indiana Jones moderne et même si ce n’est pas mon genre de prédilection, même si je ne me souviendrai pas d’un moment précis, l’ensemble est efficace.
C’est justement cette efficacité qui m’a donné envie d’enchaîner avec la suite. Il y a quelque chose de très fluide dans la progression, dans l’évolution de l’arsenal, qui devient presque grisant. On débloque constamment de nouvelles options, de nouvelles manières d’aborder les situations. Avec tous les DLC déjà intégrés, le jeu déborde de contenu. Surtout, il ne prétend pas être autre chose que ce qu’il est. Une aventure en ligne droite, avec quelques embranchements bien placés pour donner envie d’explorer un peu plus.
Ce que j’ai trouvé intéressant aussi, c’est l’ajout de mécaniques un peu RPG. Lara progresse non seulement en compétences et en capacités physiques, mais aussi dans sa compréhension de langues anciennes. Et ça débloque des éléments narratifs supplémentaires, ce qui donne une vraie raison de s’investir. On est constamment récompensé, que ce soit par de l’expérience, des compétences ou des petits bonus annexes. C’est simple, parfois trop généreux, mais ça fonctionne et même si on pourrait s’en plaindre d’avoir des shot de dopamine trop fréquent comme ça, je trouve que ça engage.
Alors oui, aujourd’hui, j’ai l’impression que ce jeu est un peu tombé dans l’oubli. Pourtant, de ce que j’en vois, il n’a pas grand-chose à envier à la concurrence de l’époque. Je dirais même qu’il me semble largement au-dessus d’Uncharted, même si je ne les ai pas faits et paradoxalement, ça me donne envie de m’y intéresser maintenant.
Ce qui m’a marqué aussi, c’est à quel point le jeu est lisible. Ma copine, qui me voit d’habitude enchaîner des jeux indépendants un peu étranges, s’est arrêtée quelques minutes pour regarder. C’est logique. C’est un jeu clair, immédiat, qui raconte quelque chose sans effort et c’est quand même très cinématographique dans la démarche.
En y repensant, je crois que j’en avais besoin. Je passe mon temps soit sur des JRPG, soit sur des expériences indé un peu expérimentales. Et ce type de jeu, plus classique, plus frontal, m’était complètement passé à côté. Là, j’avais juste envie d’aventure, de petites énigmes, de quelques phases d’action un peu bêtes. Et c’est exactement ce que j’ai eu.
Le début installe même une légère sensation de survie, avec peu d’outils. Puis très vite, Lara devient une machine de guerre. Un vrai bulldozer. Elle encaisse des situations absurdes, enchaîne les affrontements contre des armées entières, et s’en sort avec une facilité presque ridicule…
Évidemment que ce n’est pas crédible. Mais ce n’est pas le sujet. C’est un jeu très « arcade », c’est un film d’action qu’on vit manette en main et moi, ça ne m’a pas dérangé. Au contraire, ça participe à cette sensation d’aventure un peu grandiloquente.
L’histoire, en revanche, est très convenue. Clichés sur clichés, retournements prévisibles, rien de surprenant. Mais encore une fois, ce n’est pas vraiment ce que je venais chercher.
J’ai consommé ce jeu comme un fast-food.
Pas forcément mémorable, pas indispensable, mais franchement satisfaisant sur le moment.
Il y a bien quelques accrocs. Certains passages de plateforme manquent de lisibilité. Parfois, le level design te crie tellement où aller que ça en devient presque grossier. Et à d’autres moments, c’est l’inverse, ça manque un peu de clarté et tu te plantes. Mais globalement, ça fonctionne. Disons à 80%… C’est largement suffisant pour que le plaisir reste intact.
(Je préfère retenir ça plutôt que de m’arrêter sur deux morts un peu injustes, comme certains aiment le faire.)
Et puis il y a tout le contenu à côté. Des modes orientés survie, des vagues d’ennemis, qui viennent confirmer que le gameplay fonctionne. J’y ai passé quelques minutes, sans prétention, mais avec un certain plaisir.
Au final, je suis assez conquis. Pas au point de crier au chef-d’œuvre ou de dire que c’est un incontournable. Mais clairement assez pour avoir envie de continuer sur ça suite. La formule du premier s’est enrichie ici, avec plus d’armes, plus de mouvements, plus de possibilités et ça me donne vraiment envie de voir ce que propose la fin de cette trilogie.
Je garde quelques attentes, forcément. Mais si ça reste dans cette continuité, ça me va très bien. Parce qu’au-delà de la recherche d’un jeu “artistique” ou d’une expérience qui te bouleverse, il y a aussi de la place pour des jeux qui font simplement bien leur travail, comme ici!
Un travail sérieux, maîtrisé, qui mérite peut-être un peu plus de reconnaissance que ce qu’il a eu.

