Me questionne sur l’oeuvre originale…

Je crois que ma lecture m’a tellement déçu que j’en viens même à remettre en question mon appréciation de l’œuvre originale… C’est dire si je suis déçu !

J’ai peut-être changé, voir grandi, oui… Ou alors, j’ose le supposer, peut-être que Gantz n’était pas aussi génial que ça… Parce que, pour le coup, j’avoue être tombé de haut après ma lecture de ces sept premiers tomes.

Alors d’accord, ce n’est qu’un spin-off, il faut rarement s’attendre à autre chose qu’une petite prolongation dans un univers qu’on a aimé. Sauf qu’ici, je n’en ai vraiment pas eu pour mon argent. Car l’univers que j’ai aimé s’appréciait avant tout dans la découverte de ses mécaniques fantastiques. On suivait au début un jeune homme qui faisait l’expérience de la mort, avant de se retrouver dans un jeu pour retrouver sa liberté… Mais avec un énorme manque d’informations, où les mystères se dévoilaient par micro-détails, petit à petit, au fil de tomes bourrés d’action.

Je me rappelle encore de cette question qui a taraudé l’esprit des fans de l’époque. Est-ce que les aliens en sont vraiment ? Ont-ils été créés artificiellement ? Pourquoi certains semblent inoffensifs dès le début, alors que d’autres sont très agressifs ? Lorsque certains sont dotés de parole, qu’essayent-ils de nous dire ? Et surtout, qui a créé ce drôle de jeu aux règles étranges, parfois mouvantes, et surtout assez cruelles ?

Bien sûr qu’au fil du temps, on a eu des réponses, ou de grosses suppositions, sur la plupart de ces questions. Et j’ai fini par être totalement conquis par cette œuvre frénétique, qui savait respecter ses parts d’ombre et de mystère pour nous mettre dans un état de découverte constante.

Alors, quand j’ai su que l’auteur allait scénariser cette nouvelle histoire, j’ai attendu la sortie de plusieurs tomes avant de me jeter dessus. Car le contexte de nous faire vivre ça à l’ère Edo me semblait déjà plus que farfelu au vu de ce qu’on sait de son univers. Mais même là, j’ai envie de dire pourquoi pas, puisque ça pouvait justement ouvrir l’histoire sur un immense mystère.

Une action qui se déroule au Japon féodal, ça permet de changer radicalement du contexte moderne d’origine. Et puis le côté graphique, avec ce photoréalisme poussé encore un peu plus loin, et cette fois accompagné de très beaux drapés, m’a semblé être le meilleur cadre pour enchaîner sur une nouvelle aventure de ce type.

Mais l’aspect graphique souffre quand même de poses extrêmement rigides de la part des personnages, et de cadrages bien trop droits et frontaux. Ce sont les témoins d’une série et d’artistes qui n’ont non seulement pas assez mûri, mais qui accentuent encore ce mélange 2D/3D, au risque d’en faire grincer des dents plus d’un.

Ça n’a pas forcément été mon cas, si ce n’est au niveau des poses de personnages, souvent assez misérables… Couplées à des cadrages qui ne rendent vraiment pas honneur à ce qu’ils auraient pu faire, surtout avec des outils 3D, s’ils avaient eu un peu plus de conscience de ces outils, et notamment s’ils avaient davantage joué avec la lentille de la caméra.

Encore, tout ça, ce n’est rien.

Là où j’ai vraiment touché le fond, c’est dans le manque de surprise dont est teintée l’œuvre.

Dans l’œuvre originale, on pouvait distinguer deux phases bien précises dans la narration.

1.) Les phases de “mission”, où les protagonistes doivent survivre à une nuit remplie de dangers dans un temps imparti, tout en découvrant des règles farfelues et un univers hostile.

2.) les phases de “vraie vie”, où ils doivent regagner leur quotidien sans parler de ce qu’il se passe lors des missions, au risque d’en mourir, tout en gérant cette réalité horrible qui finit parfois par contaminer leur vie normale.

On pouvait avoir des temps de questionnement, essayer de comprendre ce qu’il se passe.

Sauf que dans ce spin-off, vous perdez ce qui faisait le sel de ces parties!

Le tout est bien trop rapide. On commence d’ailleurs directement avec des personnages surpuissants et des contextes largement trop cataclysmiques pour que l’on puisse croire à ce qu’il se passe sous nos yeux. Là où, dans l’œuvre originale, on pouvait un minimum se projeter puisqu’on découvrait l’univers en même temps, ici les néophytes vont simplement se retrouver perdus face à de l’action sans respiration.

Puis les fans de la première heure vont retrouver les mêmes règles, face à des situations qui tentent de surjouer des retournements et des coups d’héroïsme aléatoires, passant alors d’une œuvre de base bien plus fine à un spin-off largement plus gras, comme s’il ne comprenait pas ce qui avait fonctionné dans son matériau original.

Le fonctionnement narratif reste très similaire à la série originale. Alors certes, on s’y retrouve, mais on retrouve aussi bien trop. À tel point que même les missions semblent être des copiés-collés, avec les mêmes types d’adversaires, aux mêmes moments, et surtout avec les mêmes retournements. Plus rien ne surprend!

Comme si l’auteur n’avait vraiment plus rien sous le capot, que ce soit en termes de surprise ou de sujets à raconter.

Et même au bout du tome 5, quand l’équipe commence à se diversifier, avec le personnage aux pouvoirs psychiques et celui à moitié monstrueux, ils n’ont de toute façon rien de plus à raconter que ce qu’on avait déjà découvert, de manière bien plus subtile, dans Gantz.

On pouvait encore parler de manque de profondeur dans l’œuvre originale si on passait à côté du plaisir de la découverte. Mais ici, on ne peut plus le nier. Le manque de profondeur est omniprésent. Il vous saute au visage à l’ouverture d’un tome, vous accompagne jusqu’à sa fermeture, et reste en tête après coup.

Alors oui, il reste quelques zones d’ombre et de mystère. Mais elles ne m’intéressent absolument pas, au vu du peu de compréhension de ce qui avait fonctionné auparavant.

Ici, tout est plus enfantin, et bien plus frénétique, à mon plus grand dégoût. On est face à des limites structurelles immenses, à un manque de renouvellement profond de la formule, et à un démarrage assez convenu qui ne me donne même pas envie d’en savoir plus.

By Kuma

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *